Pirates des Caraïbes, la malédiction du Black Pearl

Gore Verbinski, 2003 (États-Unis)

 

 

Par l’Enfer ! Repartons en chasse mécréants ! Levez l’ancre tas de rats puants ! Que le vent gonfle nos voiles et que le crâne de notre emblème inspire à nouveau l’horreur sur les océans ! Gore Verbinski est à la barre et, mis à flot par Jerry Bruckheimer pour les productions Disney (qui n’avaient au départ pour idée que l’adaptation d’une célèbre attraction de parc de loisirs), il recrute un équipage de nobles matelots. Sur le pont, ni vils stercoraires, ni écumeurs de ports amplis du rhum des Antilles, les aventuriers enrôlés ont une expérience sur toutes les eaux. Et maudit soit celui qui déclinerait l’offre des pirates !

Ah ! Ils ont fière allure : des tronches balafrées, tout dépenaillés du menton jusqu’aux bottes, les lames élimées. Nous laisserions échapper un éclat de rire si nous ne les avions vus au clair de lune, tels qu’ils sont vraiment, frappés par la malédiction du Pearl. Sur le bâtiment noir à la voilure en lambeaux, traînant derrière lui un brouillard pour fantômes, les pirates aux ordres du capitaine Barbossa (Geoffrey Rush) ne sont que chairs pourrissantes et squelettes hideux (leur première apparition est précédée, alors que la lune se révèle, par un gros os agité devant un chien). Ces marins condamnés font frissonner : terrifiante scène qui les voit avancer dans les fonds marins telle une armée de spectres.

L’équipage dirigé par Verbinski est excellemment choisi et chacun assure à son poste : Will Turner, le jeune et impétueux forgeron (Orlando Bloom), la belle Elizabeth qui n’a aucune aisance à porter robes et corsets (Keira Knightley), le gouverneur Swann (Jonathan Pryce loin de Brazil de Gilliam, 1985, ou du méchant interprété dans un James Bond, Spottiswoode, 1997)… Et que dire de Sparrow ? Pardon… Du capitaine Jack Sparrow. Improbable assemblage d’éléments disparates*, avec ce gredin des hautes mers, Johnny Depp parvient à composer une petite légende, très comparable au professeur Jones auquel Harrison Ford donne vie (Les aventuriers de l’arche perdue, Steven Spielberg, 1981).

L’histoire emprunte à Stevenson et à l’imagerie populaire tout en respectant l’époque (le XVIIIe siècle et la suprématie maritime anglaise). Sans être dépourvue d’humour, l’action est au rendez-vous (le duel à l’épée Turner Sparrow dans la forge, les assauts entre navires). De quoi faire passer les rares flibustiers de ces dernières décennies pour de très négligeables mousses (L’île aux pirates de Renny Harlin, 1996, et même Pirates de Roman Polanski, 1985). La musique de Klaus Badelt est puissante et entraînante. Le compositeur est aidé par Hans Zimmer et cela s’entend, plusieurs lignes mélodiques pourraient aussi bien convenir à Gladiator (Ridley Scott, 1999). A croire que le second a écrit les principaux thèmes et que le premier s’est contenté de les lier. Toujours est-il que la bande originale, comme les vents du large, gonfle les voiles du film de son souffle épique, une des meilleures partitions entendues dans un film d’aventures. Enfin, après plus de deux heures à naviguer sur le Black Pearl, Pirates des Caraïbes rend la piraterie sur grand écran à nouveau trépidante. A l’abordage !





* Johnny Depp questionné par Sandra Benedetti, dans Cinélive, juillet-août 2003, n°70, p. 38 : « J’ai commencé à penser aux pirates de cette époque […] et il m’est apparu qu’ils étaient les équivalents des rock-stars d’aujourd’hui. C’était les rock-stars ultimes. […] Après, j’ai cherché qui était la plus grande rock-star de tous les temps. C’est Keith Richards, personne ne peut dire le contraire, c’est lui le plus grand […]. Donc Keith est devenu l’ingrédient principal de Jack Sparrow, ma source d’inspiration numéro un. Mais j’en ai cherché d’autres. Et j’ai pensé à Shane MacGowan, le chanteur des Pogues. […] Un personnage de dessin animé m’est aussi venu à l’esprit, pour la façon dont il traite les autres, dont il se fabrique sa propre réalité. Qu’elle soit vraie ou fausse, elle n’appartient qu’à lui. C’est Pepe le Putois. Et j’ai ajouté une touche de rasta à tout ça pour compléter le tableau. »

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