Phénomènes paranormaux

Olatunde Osunsanmi, 2009 (Royaume-Uni, États-Unis)

Aujourd’hui, afin de faire toujours plus peur au spectateur et pour être sûrs d’engranger un maximum de recettes, les réalisateurs de films d’épouvante misent sur de nouvelles techniques comme la 3D ou le tournage façon « caméra à l’épaule ». Phénomènes paranormaux veut aller plus loin puisqu’il s’agit en fait d’un « docu-fiction », alternant séquences studio et films amateurs « réels » (du moins, c’est ce qu’on veut nous faire croire). L’histoire présentée reprend des événements qui se seraient réellement produits : en octobre 2000, une jeune psychologue entreprend une enquête sur des troubles du comportement qui semblent frapper les habitants d’une petite ville, Nome, isolée dans les montagnes en Alaska. Très vite, elle comprend que ces pathologies sont à mettre en rapport avec de mystérieuses disparitions et des meurtres qui ont lieu depuis les années 1960.

Au premier abord, on pourrait croire que l’on va assister à une simple séquelle d’un film à succès mais franchement pas une réussite (Paranormal activity d’Oren Peli sorti en 2009). Il y a, en fait, beaucoup plus de choses à dire et, au simple amateur d’épouvante, la production pourra même paraître plaisante (elle procure une bonne dose de tension et de frayeur, encore qu’elle puisse aussi frustrer car, comme il arrive souvent, on ne voit pas grand chose).

Cependant, pour quelqu’un qui s’intéresse aux phénomènes mystérieux et de société, quelques éléments attirent notre attention. Bon, franchement, il ne faut pas être très savant pour s’apercevoir de la supercherie de l’affaire. Pour preuve, voyez les séquences dites paranormales montrant des sujets en train de léviter et hurler dans un langage inconnu. Manque de chance, l’image se brouille au moment où le phénomène se produit ! La psychologue qui mène l’enquête, Abigail Tyler (Milla Jovovich), utilise l’hypnose pour faire resurgir les souvenirs. Les résultats dépassent les espérances. Les patients semblent entrer dans des transes incontrôlables. L’un d’entre eux finit tétraplégique. Pire, un autre pète littéralement les plombs après une séance et massacre sa femme et ses enfants. Tout ceci est soi-disant réel, pourtant le cadrage nous montre vite qu’il ne s’agit rien d’autre que d’une bonne blague. Tant mieux car on aurait alors pu se poser des questions comme celle du respect des familles des victimes. Enfin, un autre débat pose problème. Si l’on en croit les théories du docteur Tyler, des extraterrestres visitent notre monde et enlèvent les gens pour y pratiquer des expériences médicales. Ils sont présents depuis l’aube de l’humanité (pour « preuves », selon les partisans de ces idées, les gravures et légendes sumériennes). Ils se revendiquent comme les dieux des hommes. Ces thèses ont peu d’influence en France. Par contre, aux États-Unis, bon nombre d’Américains disent avoir été enlevés et surtout, se réfugient dans d’obscurs mouvements religieux remettant en cause les sciences et l’histoire. On appelle ça le « créationnisme »…

En bref, c’est un film d’épouvante original qui aurait pu détrôner Le projet Blair witch (1999) mais n’y parvient pas à cause de ses maladresses. Malgré tout, il permet de s’interroger sur la crédulité de nos sociétés.

Etienne

Une réponse à “Phénomènes paranormaux”

  1. Bien foutu tout de même le côté « vrai faux – ou faux vrai, je ne sais plus- documentaire » et quelques scènes assez effrayantes. Dans le genre, un bon divertissement j’ai trouvé. Mais c’est vrai qu’ils jouent avec le feu car la base de ces évènements (les disparitions) sont bien réelles et ce que tu dis est vrai: les personnes influençables peuvent facilement accréditer leurs thèses douteuses à la vue de ce film qui ose tenter une approche plus réaliste que jamais. Un peu à la façon de l’excellent Exorcisme d’Emily Rose, mais qui là n’avait pas recréé de faux documents (sonores ou visuels).

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