Orsay

Bruno Ullmer, 2012 (France)

Les alpinistes de l’horloge et un nu qui hésite à sortir de sa boîte, les moments capturés dévoilent l’intimité du musée. Le bâtiment, les coulisses, le public, Bruno Ullmer (Welcome Europa, 2008) fait le tour d’Orsay. Il reprend son histoire depuis la semaine sanglante au temps de la Commune jusqu’à l’exposition « Manet, inventeur du Moderne » et signale même par une visite du chantier la réouverture de la galerie rénovée sous la verrière.


Lorsque la caméra s’attarde sur Une rue de Paris en mai 1871 de Maximilien Luce, le début du film nous fait croire à une contextualisation éclairée à la lumière des œuvres du musée elles-mêmes. Mais passé l’incendie, les ruines luxuriantes auxquelles le palais a laissé place, puis l’achèvement de la gare pour l’exposition Universelle de 1900, les œuvres, sauf exceptions (Apollonie Sabatier), parfois floutées ou prises dans leurs détails, deviennent le malin prétexte à discrètement évoquer la scénographie muséale. D’ailleurs, le statut de ces œuvres est peu à peu transformé par la présentation du musée puisque, le temps d’une réunion pour l’enrichissement des fonds ou de l’attention minutieuse apportée lors d’un délicat déballage, l’art s’estompe derrière la collection bien matérielle, quoique pas tout à fait vulgaire, d’objets précieux. Une série de plans décoratifs rappellent alors au spectateur presque frustré que le documentaire n’entend de toute façon pas livrer les secrets des peintures et des sculptures exposées, mais plus modestement d’inciter à retourner contempler in situ L’église d’Auvers ou L’énigme par exemple.


Dans la chronologie retracée des lieux, d’autres moments forts sont brièvement racontés, comme l’arrivée des prisonniers allemands par train en 1945 ou celui de l’accueil des démunis par « la gare de l’espoir » en 1954. Avant le musée, on retient l’esquisse du Corbusier réalisée vers 1970 et l’hôtel bétonné mais certainement radieux qui a failli recouvrir le site. Enfin, lorsque le projet du musée se dessine, la parole est laissée aux architectes et aux politiques, anciens présidents et ministre (d’Estaing, Mitterrand, Lang).


Orsay, le documentaire, cite également Renoir (Une partie de campagne, 1936), Zola et Baudelaire, Duras ou Jeunet (Un long dimanche de fiançailles, 2004), afin d’établir des correspondances avec les artistes du musée, ou plus simplement pour décrire l’architecture industrielle et les œuvres qu’elle abrite. On profite même de quelques minutes des Tableaux d’une exposition de Moussorgski lors d’un concert en plein musée auquel des spectateurs privilégiés ont assisté nombreux.

L’omniprésence de l’horloge dans le documentaire lie les époques. Elle inscrit ainsi les 25 années d’existence du musée dans l’histoire d’Orsay et le documentaire, lui, en est un bon résumé.






Documentaire édité le 27 février 2012 et distribué par Arte.

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