Old

​M. Night Shyamalan, 2021 (États-Unis)

La vie passe vite. Première dent, première plaie, premier amour : on ne voit pas nos enfants grandir. Première ride : notre image ne s’accorde plus tout à fait avec celle que l’on aurait souhaiter figer. Une main sur une joue, un sourire : Shyamalan ramène les relations humaines à ce qu’elles ont d’essentiel. On oublie les raisons de notre dispute, mais toujours on apprécie la présence de son compagnon, de sa femme, de ses enfants. Enveloppé dans une trame fantastique, le film se dépouille par moment de ses artifices pour ne plus garder que ce qui compte.

M. Night Shyamalan, expérimentateur secret, place un groupe de touristes, couples et familles, dans une cage de laboratoire sans grilles ni barreaux. Une fois « enfermés » sur cette plage, où une heure passée équivaut à un vieillissement de plusieurs années, les déplacements d’objectifs, les champs-contre-champs et tout l’outillage cinématographique œuvrent contre les personnages comme une mécanique horlogère et opèrent sur les imperceptibles accélérateurs temporels qui les condamnent. Le réalisateur se met lui-même en scène et, du haut de la colline, joue à Dieu. Il observe ses acteurs : Gael García Bernal, Vicky Krieps, Emun Elliot, Thomasin McKenzie et les autres. Il voit comment leurs personnages agissent et interagissent face au dérèglement du temps. Alors qu’ils vivent dans une tension permanente, il est attentif à leurs réactions. De toute manière, quelle possibilité ont-ils ? Retourner l’œuvre contre son créateur ?

Old est une adaptation du roman graphique de P. O. Levy et F. Peeters, Le château de sable (2010) et il est possible que plusieurs idées visuelles en découlent directement. Cependant, le réalisateur de Signes (2001) compose toujours très précisément ses cadres. Il joue aussi énormément sur les échelles de plan, sur les hors-champs et, probablement le cœur de son cinéma, sur ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. Ainsi, comme souvent dans ses histoires (Sixième sens, 1999, ou Incassable, 2000), ce qui est impressionnant est d’abord amené par le regard des enfants. Ce sont les enfants et leurs réactions face à l’extraordinaire qui orientent l’œil de la caméra et préparent à l’irruption du fantastique à l’écran.

Avec Old, M. Night Shyamalan quitte Blumhouse qui lui avait permis de retrouver un peu de crédit (depuis The visit, 2015). En outre, sa propre société, Blinding Edge Pictures, est la seule engagée sur le film. Le budget n’est pas énorme, il est inférieur à celui de Glass (2019), et tant mieux compte tenu du mal que ses projets les plus chers ont pu lui faire. Les moyens déployés sont discrets. Le plus important tient dans les dialogues et quelques gestes. Par exemple, les parents n’ont rien de héros. Le seul acte héroïque du père, ce qui est une belle idée, est de prendre la décision d’opérer sa femme et de tenter de la sauver. Après cela, il peut se contenter de rester auprès d’elle, de vieillir et de mourir.

On ne cachera pas que certaines facilités du scénario ainsi que l’épure visuelle du film (une plage, une mer et le soleil) ont parfois tendance à tirer Old vers la série B. La façon de faire du réalisateur peut agacer. D’autant qu’il nous refait le coup sans arrêt : il n’y a rien à voir ou si peu (Phénomène, 2008). C’est là affaire de croyance et c’est ce qui  fascine. Le film est simple en apparence, il ne repose véritablement que sur une idée, mais il vise juste. Shyamalan, cinéaste de l’esbroufe, est capable de nous toucher. On peut ne pas accrocher à la fin et aux explications données. Comme toujours, les mystères gagnent à rester hors de portée. Mais peu importe la résolution. Elle ne compte pas davantage dans le film que la mort au bout d’une vie. Ce qui compte, en dehors même de la forme très maîtrisée et de la portée réflexive du film, c’est ce qui a été vécu avant et les liens tissés entre les êtres.

3 commentaires à propos de “Old”

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