Musée haut, musée bas

Jean-Michel Ribès, 2008 (France)

Le personnel de ce musée est tout d’abord impressionnant : Michel Blanc, Victoria Abril, Pierre Arditi, Josiane Balasko, Isabelle Carré, François-Xavier Demaison, André Dussollier, Julie Ferrier, Gérard Jugnot, Philippe Khorsand, Valérie Lemercier, Fabrice Luchini, Valérie Mairesse, Yolande Moreau, François Morel, Daniel Prévost, Muriel Robin, etc. La liste est longue et non exhaustive ! La notion de film choral est donc ici pleinement justifiée. Toutefois, au-delà du côté grande attraction et vitrine de Noël, l’adaptation de la célèbre pièce de théâtre est-elle aussi drôle et réussie ? Oui, indiscutablement.

Chaque réplique fait mouche et les situations sont toutes plus loufoques et abracadabrantesques les unes que les autres… Même si les scénettes sont assez inégales en terme de rires : certaines sont vraiment hilarantes, d’autres font sourire, certaines tombent un peu à plat, etc. Un comique à la fois original (un film qui ne ressemble à aucun autre !), surréaliste et burlesque. Musée haut, musée bas est aussi une critique du monde de l’art où le meilleur (musée haut) côtoie parfois le pire (musée bas), où d’improbables « œuvres » conceptuelles et expérimentales sont parfois plus admirées que de véritables chefs-d’œuvre. Mais ici, ce sont davantage les individus, leurs comportements, leurs réactions qui sont passés à la loupe : tout est bien sûr exagéré, démesuré et on sombre vite dans une folie et une excentricité immensément drôle.

Le couple Pierre Arditi Isabelle Carré est désopilant : elle, qui s’extasie devant tout, est toujours joyeuse et émerveillée par la moindre petite chose… Lui totalement exaspéré, exténué par cette joie de vivre démesurée : « Tu t’es levée tu étais contente par le son du radio réveil. On a pris la voiture, tu étais enchantée. Tu as adoré la pause pipi et alors ici dans ce musée… Je crois que je vais te tuer ». Il y a Michel Blanc, en directeur de musée, qui a une phobie de la nature et traque la moindre plante verte : « Les musées sont de plus en plus cernés par les espaces verts, où les arbres prolifèrent dans l’indifférence générale ! Nous ne nous laisserons pas empoisonner par la nature ! Et pour ceux qui ne pourraient vraiment pas s’en passer, je signale que nous avons un étage entier consacré aux paysages et autres marines qui, croyez-moi, donnent à la nature le talent qu’elle n’a jamais eu ! Est-ce que les arbres étaient beaux avant que Corot les ait peints ? Non ! Simplement des protubérances chlorophylliennes tout juste bonnes à faire du feu. » On dirait du Desproges ! Muriel Robin perd patience en cherchant la pièce consacrée à Kandinsky. Fabrice Luchini et les autres gardiens expriment leur douleur de côtoyer tant d’œuvres bouleversantes… Il y a aussi Micha Lescot et Josiane Balasko : ce fils homosexuel a fait de sa mère castratrice et étouffante sa plus grande source d’inspiration et sa future œuvre de « family art ». Et, évidemment, les touristes étrangers qui suivent leur guide comme des moutons…

Jean-Michel Ribès laisse enfin une large place aux œuvres : l’exposition temporaire de clichés de 350 sexes masculins, une voiture jaune accidentée plongée dans des peluches d’oursons roses, la salle du caca (à peine évoquée, ouf !), celle de Karl Paulin pour laquelle les visiteurs, neuf maximum, artiste et guide compris, deviennent eux-mêmes des œuvres vivantes… Coups de génie, vaste fumisterie ? Jean-Michel Ribès fait allusion au rapport passionnel envers l’art contemporain.

Musée haut, musée bas débute comme une visite guidée (avec un long discours sur l’architecture unique du site, ses perspectives et points de fuite…), se poursuit comme une visite plus désordonnée et aléatoire des lieux et se termine comme une véritable œuvre d’art surréaliste et apocalyptique ! La fréquentation des musées va-t-elle augmenter après ce long métrage ? Pas certain !

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