Olivier Marchal, 2008 (France)

Après le déjà excellent 36, Quai des orfèvres (évoqué dans la critique des Liens du sang), Olivier Marchal nous livre un nouveau polar coup de poing, brut de décoffrage et sans concession.

Le film s’inspire (à la base, mais reste une fiction) d’une histoire vraie : d’une de ses histoires de meurtre particulièrement sordides qui a choqué pour toujours Olivier Marchal et qui, après en avoir cumulé quelques-unes, l’a poussé à quitter la police. Car le réalisateur, également acteur, Olivier Marchal est un ancien flic, d’où le réalisme toujours saisissant de ces films.

MR73 (marque d’un flingue considéré comme la rolls en la matière) relate l’enquête faite par un flic alcoolique brisé par la vie sur un tueur en série et trace en parallèle le portrait d’une survivante d’ un autre tueur qui a assisté au double meurtre de ses parents étant enfant : elle va recontacter ce flic qui s’était à l’époque occupé de l’affaire, pour en savoir plus sur ce qui s’est vraiment passé ce soir là afin de réparer, tout du moins un peu, ce traumatisme qui l’empêche de vivre normalement. Elle apprend aussi que le meurtrier de ses parents, pourtant condamné à perpétuité, va être prochainement relâché pour bonne conduite, et décide de lui écrire une lettre, toujours dans le but thérapeutique de se confronter à la réalité.

Je n’en dis pas plus au niveau de l’histoire, mais en ce qui concerne le film il est tout aussi réussi, sinon plus, que 36, Quai des orfèvres : noir de chez noir, extrêmement dur et éprouvant, mais pas plus que la réalité. C’est là ou le vécu du réalisateur fait toute la différence avec les polars esthétiques et romancés qui en mettent plein la vue, mais sont finalement ni plus ni moins qu’un divertissement avec ses exagérations et incohérences : j’avoue qu’étant un grand amateur du genre, le côté pervers d’un certain cinéma est de finalement atténuer la réalité et faire quelque part aimer avec une délectation déplacée meurtriers, tueurs en série et autres « bad boys » (vous savez le syndrôme Tony Montana ou les finalement « sympathiques » mafiosi des Affranchis par exemple). Bref, « c’est du cinéma » comme dit l’expression. Là non.

Olivier Marchal dévoile sans prendre de gants le dessous des cartes d’une enquête, les policiers pourris, le système judiciaire et politique faussé par les jeux de pouvoir, qui tire finalement les ficelles, et l’impuissance des flics face à cette machine. Qui est bon, qui est méchant finalement ? La limite vacille souvent dans ses films. Comme je l’ai dit, il ne fait pas de concessions et montre la réalité telle qu’elle : dans les scènes de meurtre, de viol ou bien dans une scène d’accouchement sanguinolent ou aucun détail n’est épargné. Comme si la vie commençait et se finissait dans un bain de sang…

La religion n’est pas non plus ménagée, le film commençant par la phrase « Jesus est un fils de pute et j’irais lui mettre une balle dans la tête ». D’ailleurs la scène ou une personne (je ne dis pas qui pour ceux qui iraient voir le film) se fait exploser le crâne et où le sang gicle sur un crucifix posé au mur est l’illustration même de ces propos.

Daniel Auteuil est proprement sensationnel (idem pour tout l’ensemble des acteurs, mais lui particulièrement), complètement habité par le personnage usé et choqué par tous les drames auxquels il a assisté et n’était pas préparé lorsqu’il a intégré la police criminelle. Il est également miné par un drame personnel et n’est plus qu’une épave alcoolique sans aucune illusion, sans foi ni loi et mènera, malgré sa hiérarchie, l’enquête comme bon lui semblera. Daniel Auteuil est vraiment un acteur extraordinaire et m’a impressionné, bluffé dans ce rôle, digne des plus grands, ou jamais il ne donne l’impression d’en faire trop : pour moi, il mériterait largement un césar.

MR73 est un film très dur, qui commence et finit mal, ne laisse pas indemne et en ce sens il va au-delà du « simple film » pour nous immerger totalement dans ce milieu glauque où flics et voyous sont souvent de mèche. Oui, c’est un excellent film, mais au risque de me répèter: c’est bien plus que ça.

Et pour finir avec ma référence Deniroesque: 36, Quai des orfèvres va être repris par Bob et s’appelera tout simplement 36. Mais dans ce rôle, Daniel Auteuil n’a vraiment rien à lui envier…

Ludo

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