Max et les maximonstres (Where the wild things are)

Spike Jonze, 2009 (Etats-Unis)




Jonze réalise moins une œuvre pour les enfants que sur l’enfance. Max évite les clichés et les réflexes commerciaux liés à la « cible enfantine » (personnages caricaturés, ficelles grossières et répétitives). Le ton n’est donc absolument pas le même que pour un film pour enfants et l’histoire se découvre comme un conte, un brin décalé, comportant une dimension psychologique profonde. Il s’agit avant tout de l’adaptation* du livre de Maurice Sendak publié en 1964 et rendu célèbre pour son exploration des sombres rêveries des enfants.

Max et les maximonstres est une petite merveille. Impossible de ne pas s’identifier au jeune Max (joué par un éblouissant Max Records !) et se remémorer nos propres souvenirs de jeunesse. Personnellement, cela m’a rappelé beaucoup de choses : une enfance pas forcément triste mais très solitaire où Max se construit son propre monde imaginaire. Une sœur plus âgée qui reste plutôt avec ses ami(e)s de son âge, un père absent et une mère aimante qui ne sait pas trop comment s’y prendre avec son turbulent de fils (Catherine Keener, jouait déjà le rôle d’une maman, hippie cette fois-là, dans Into the wild de Sean Penn en 2008). Des souvenirs de bêtises aussi et de fugues… Max aime se déguiser avec son pyjama-costume de loup (de mon côté, je me souviens d’un pyjama bleu sur lequel j’enfilais des chaussettes rouges et un slip par dessus : je me prenais alors pour Superman et me levait la nuit en mission secrète pour aller boire du soda dans le frigo !) et se créée son propre univers peuplé de bon gros gentils monstres ; des peluches géantes très attachantes aux personnalités énigmatiques et parfois dangereuses. En l’absence de figure paternelle, Max devient roi dans ce royaume et y trouve réconfort et tendresse.

Les images sont superbes, les monstres très réussis (d’aspect enfantin mais jamais niais) et l’univers créé sur cette île fantastique reproduit fidèlement les jeux de cache-cache et de construction de cabanes (celle construite ici est plutôt énorme en l’occurrence !). Le tournage, apparemment plus complexe qu’il n’y paraît, s’est étalé sur plusieurs années (les premières images tournées remontent à 2005) et Spike Jonze a même été contraint d’arrondir les angles et d’adoucir le propos, car, lors d’une projection-test, des enfants se sont mis à pleurer et même à quitter la salle ! Face aux pressions de la Warner, il a dû faire des compromis, retourner certaines scènes et au final remonter le film.

Malgré les contraintes imposées par le public et les directives de la production, le résultat demeure satisfaisant. Même si l’on imagine que la vision initiale devait être plus sombre et personnelle… Quoi qu’il en soit, l’œuvre est atypique, originale, émouvante par sa poésie, souvent drôle, d’autres fois doucement triste, tendre et folle à la fois !





* En 1983, les studios Disney avaient essayé de l’adapter en dessin animé, en vain.

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