James Huth, 2009 (France)

Après avoir vu une œuvre aussi magistrale que Le ruban blanc de Michael Haneke, il est bien difficile de retourner au cinéma, tant les autres films peuvent paraître bien fades à côté ! C’est pourtant ce que j’ai décidé de faire, et ce dès le lendemain, en allant voir ce Lucky Luke incarné par Jean Dujardin. « Attention, le grand écart c’est pas bon pour les couilles » (Un prophète, Jacques Audiard, 2009) : oui je sais, passer ainsi d’un extrême à l’autre peut paraître périlleux, cependant ces deux films n’ont tellement rien en commun qu’aller se divertir devant un western comique « à la française » n’est finalement pas si risqué que ça !
Si le cinéma américain est passé maître dans l’adaptation de ses comic books, principalement de super-héros mais pas uniquement, le cinéma français s’est également fait une spécialité de porter ses bandes dessinées sur grand écran, cela avec plus ou moins de réussite. Ainsi, en 1981 les Américains proposaient de donner vie à Popeye (Robert Altman) et les Français, même si Franquin est belge (!), à Gaston Lagaffe (Fais gaffe à la gaffe de Paul Boujenah). Parmi les adaptations françaises de BD, on retient surtout la franchise Astérix, dont les réalisations profitent de moyens toujours plus colossaux. Elles sont pourtant plus nombreuses qu’il n’y paraît, jugez plutôt par les exemples suivants. Dans les années 1980 déjà, Je vais craquer de François Leterrier (1980) est l’adaptation de la BD La course du rat de Gérard Lauzier. Le même Gérard Lauzier qui adapte d’ailleurs lui-même sa propre BD Souvenirs d’un jeune homme, rebaptisé P’tit con (1984). De la même époque on retiend aussi Le roi des cons et Vive les femmes ! (Claude Confortès, en 1981 et 1983), Tranches de vie (François Leterrier, 1985) ; les années 1990 sont plus pauvres dans le domaine : Les Bidochon (Serge Korber, 1996) et surtout Astérix et Obélix contre César (Claude Zidi, 1999). Dans la décennie 2000 c’est l’explosion avec la suite des aventures d’Astérix (Mission Cléopâtre d’Alain Chabat en 2002 et Astérix aux Jeux Olympiques en 2008) ainsi que Le nouveau Jean-Claude (Didier Tronchet, 2002), Michel Vaillant (Louis-Pascal Couvelaire, 2003), Blueberry (Jan Kounen, 2004), L’enquête Corse (Alain Berbérian, 2004), Les chevaliers du ciel (Gérard Pirès, 2005), Iznogoud (Patrick Braoudé, 2005), Largo Winch (Jérôme Salle, 2008), King Guillaume (Pierre-François Martin-Laval, 2008) et aujourd’hui Lucky Luke ! Sans compter les Tintin sortis entre 1930 et 1976 qui font bientôt l’objet d’une trilogie réalisée par Peter Jackson et Steven Spielberg (ça promet !)… Bref, j’arrête là, les exemples ne manquent pas et on s’étonnerait presque que « le pauvre cowboy solitaire » n’ait pas été porté plus tôt à l’écran.
Au-delà du costume, Jean Dujardin, véritable transformiste (ben oui, c’est aussi ça le métier d’acteur, et dans ce domaine il est concurrencé ce mois d’octobre par Franck Dubosc alias Cineman de Yann Moix, personnage incarnant les héros d’un bon nombre de classiques du cinéma), a une nouvelle fois su capter les attitudes, les mimiques et le petit détail qui tue nous permettant d’identifier immédiatement le personnage de BD ! Certes, je le préfère cent fois dans son rôle d’agent secret ringard mais irrésistible (OSS 117, Le Caire nid d’espions et Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius en 2006 et 2009), pourtant il faut avouer que son interprétation de l’ « homme qui tire plus vite que son ombre » n’est pas si mal que ça… Davantage « serial loser » (!) que sa version de papier, toujours au-dessus des piètres seconds rôles qui l’entourent : Michaël Youn en un Billy the Kid assez insupportable, Sylvie Testud qui passe de Sagan à une bien moins convaincante Calamity Jane et Melvil Poupaud en un fade Jesse James. Seul Daniel Prévost dans le rôle du méchant (forcément !) Pat Poker s’en tire avec les honneurs.
Le film en lui-même est un divertissement assez inégal : les vingt premières minutes sont plutôt bien, ça part fort façon vidéo-clip. Ensuite l’intensité chute de façon vertigineuse et les longueurs dues aux nombreux flash-backs se ressentent. Le rythme repart pourtant sur la fin et confère à l’ensemble un effet dents de scie. Idem pour les gags : certaines trouvailles sont plutôt amusantes, voire franchement marrantes, d’autres beaucoup moins… Le drôle côtoie le bien lourd, j’ai parfois esquissé un sourire mais jamais ri franchement. Sinon, il faut avouer que c’est remarquablement bien filmé et réalisé et que les images sont très soignées : de ce côté-là, le spectacle visuel est garanti (notamment un long et impressionnant plan-séquence à la fin où se succèdent tous les personnages principaux du film et de nombreux figurants.
L’impression générale est donc plus que mitigée : fidèle à la BD sans éviter de s’en écarter, un divertissement familial évidemment axé très grand public. Heureusement la présence de Dujardin rattrape le tout puisque c’est principalement sur ses épaules que repose tout l’intérêt du film. Beau, mais très creux.
Ludo
Ornelune said
novembre 2 2009 @ 7:59
Plus débile que Les Dalton avec Eric et Ramzy (Haim, 2003)? Etonnant d’ailleurs que ces personnages récurrents des albums de Lucky Luke soient oubliés par James Huth au profit d’une brochette de personnages plus rares dans les pages de la BD…
MaîtreLudo said
novembre 2 2009 @ 11:55
Oui tu as raison et je voulais le signaler d’ailleurs: à part une simple évocation, les Dalton sont quand même les grands absents !
Ultimatom said
novembre 3 2009 @ 17:11
L’impression que j’avais eue en voyant les trailers est bien trop mitigée (Luke frappant une femme, dialoguant avec son cheval : n’importe quoi…) pour que je m’arme de courage. Comme on dit dans ces cas-là : j’attendrai le passage à la télé.