Trois royaumes, Les

John Woo, 2009 (Chine)

L’art suprême de la guerre dans toute sa splendeur. Oui, un art militaire à la fois stratégique, tactique et philosophique. Après une longue période hollywoodienne (Broken arrow en 1996, Mission : impossible 2 en 2000 ou encore Windtalkers, les messagers du vent en 2002, entre autres) John Woo – John qui ? – est de retour dans son pays natal pour une fresque historique démesurée.

Les trois royaumes s’inscrit dans la lignée des films post Gladiator (Ridley Scott, 1999) et Le seigneur des anneaux (Peter Jackson, 2001-2003) pour ce qui est des scènes de batailles épiques, dantesques… Les grandes épopées de cette décennie ont été de qualité variable : Le roi Arthur (Antoine Fuqua, 2003), Le dernier samouraï (Edward Zwick, 2004), Nomad (Sergei Bodrov, Ivan Passer, Talgat Temenov, 2004), Troie (Wolfgang Petersen, 2004), Alexandre (Oliver Stone, 2005), Kingdom of heaven (Ridley Scott, 2004), 300 (Zack Snyder, 2006)… Ou plus récemment Mongol (Sergei Bodrov, 2008) et Les seigneurs de la guerre (Peter Chan, 2009). Grâce à l’évolution fulgurante des effets spéciaux, pour tout ce qui est du numérique et de l’image de synthèse, et à des moyens toujours plus considérables (figurants, costumes, décors pharaoniques…), le septième art peut désormais mettre en image de façon très crédible ces batailles mythiques.

L’histoire se déroule en 208 de notre ère. La Chine est alors divisée en trois royaumes rivaux : deux vont néanmoins devoir s’unir pour résister et affronter le troisième dirigé par le puissant Cao Cao dont l’ambition est de régner sans partage sur l’ensemble des territoires. Ce dernier envoie une armée de 800 000 hommes et une flotte navale de 2000 bateaux (pas moins !) en direction de la falaise rouge où se déroule une bataille qui change à jamais le destin de la Chine. Ce long métrage relate donc cette immense bataille, à moitié historique, à moitié légendaire. En effet, elle a été rendue célèbre au XIIIe siècle dans le roman de Luo Ghanzhong, L’histoire des Trois Royaumes, qui a nettement amplifié les faits, intensifié la portée épique et dramatisé le récit.

Les trois royaumes apporte son lot d’images à couper le souffle (et il y en a un sacré paquet !) ; ainsi plusieurs scènes, fameuses dans le genre, tournées du ciel en plongée où l’on peut apprécier toute l’étendue du plan de bataille et la progression d’imposantes armées. Lorsqu’on va voir ce type de films c’est pour en prendre plein la vue, et là, croyez moi, on est servi ! Cette colossale superproduction est probablement celle qui va le plus loin en matière de gigantisme et le nombre de figurants utilisés est assez hallucinant (plus de 1000 soldats de l’armée chinoise ont été mobilisés !). La mise en scène des (très) nombreuses techniques de batailles, à la fois variées et soignées, a été particulièrement réfléchie. Le soucis du détail et la recherche du beau geste (à l’image du jeu de balle qui est montré, véritable ancêtre du football !) sont omniprésents et ceux qui se sont occupés de la chorégraphie des combats ont fait preuve d’une inventivité (et sûrement de recherches poussées) hors normes ! Heureusement, John Woo a su équilibrer le récit de façon intelligente et le film n’est donc pas un simple prétexte à l’assouvissement de nos instincts primaires et à l’étalage de carnages sanglants ! En ce sens, la version longue originale (divisée en deux parties d’une durée de 4h40 !!) apportera tout son sens au récit. En effet, la version occidentale (2h25) a été amputée de plus de deux heures, les producteurs ont apparemment eu peur que le public occidental ne puisse plus suivre l’histoire et lire tant de sous-titres autant de temps, lui qui n’est pas familiarisé avec ces héros légendaires asiatiques. On devra par conséquent attendre la sortie dvd pour voir l’intégralité de l’œuvre, ainsi que le film du tournage qui doit s’avérer tout aussi passionnant.

Les seigneurs de la guerre (Peter Chan, 2009), que je n’ai toujours pas vu car peu diffusé par ici, était récemment le plus gros succès de tous les temps au box-office asiatique… Les trois royaumes vient de le détrôner ! Une réussite évidente.

Ludo

2 commentaires à propos de “Trois royaumes, Les”

  1. Cecil B. De Mille était coutumier des réalisations gigantesques et il a probablement entraîné les studios d’Hollywood au-delà de ce qu’ils connaissaient avant lui dans la production. Les dix commandements (1956) employait déjà plusieurs milliers de figurants.

    Puisqu’il a toujours fallu dépasser les performances passées, Ben-Hur de William Wyler (1960) a nécessité des dizaines, des centaines (?!) de milliers de figurants. Les chiffres en donnent le vertige !

    Voir aussi la tentative de Howard Hawks, dont l’intention avouée, avec La terre des pharaons (1955), était de rivaliser avec De Mille.

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