Sam Mendes, 2009 (États-Unis, Angleterre)

Onze ans après Titanic de James Cameron (qui demeure à ce jour le plus gros succès de tous les temps en France, même si talonné de près par Bienvenue chez les Ch’tis, Dany Boon, 2008), le couple Leonardo DiCaprio / Kate Winslet se reforme… Bien moins romanesque aujourd’hui que par le passé, le couple risque de beaucoup moins faire fantasmer, tant il ressemble à bon nombre de couples déjà existant. Car tout le propos de ses noces rebelles est là : le drame du quotidien, la tragédie du couple qui s’enlise dans un train-train formaté dans les conventions sociales, le politiquement correct et les bonnes relations de voisinage… Abandonnant par là même ses idéaux et toute la force vitale liée à ses rêves et à sa jeunesse.
Les Wheeler, Frank et April, ont tout du couple modèle : Monsieur travaille dans une entreprise prospère, Madame s’occupe de leurs deux enfants dans leur belle maison blanche située dans un quartier résidentiel où il fait bon vivre. Les voisins sont sympas et souvent ils se retrouvent pour un apéritif de convenance où ils échangent de jolies banalités… Pourtant, malgré ce bonheur de façade, ce n’est pas la vie qu’ils espéraient : eux qui ont toujours voulu être différents, vivre la vie qu’ils voulaient à leur façon, sont vite rentrés dans le moule sans même s’en apercevoir. Ce conformisme est formidablement bien mis en image, par exemple lorsqu’on voit Frank, anonyme au milieu d’une foule uniforme de messieurs en costume gris, cravate et haut de forme… Ou bien April sortant les poubelles, parfaitement alignées dans la rue, semblables aux poubelles des autres voisins. Une vision d’horreur pour elle qui commence à se rendre compte qu’elle vit dans un univers aseptisé ressemblant à un jeu de poupées grandeur nature. Avant qu’il ne soit trop tard, le couple n’étant que trentenaire finalement, elle décide de prendre les choses en main et de changer radicalement de vie : après une violente dispute, elle réussit à convaincre son mari de tout quitter pour aller vivre en Europe, à Paris. De prendre la fuite de cette prison dorée tant qu’il est encore temps, pour repartir à zéro. Frank qui déteste son travail pourra ainsi prendre le temps de réfléchir à ce qu’il veut vraiment faire de sa vie. Avec leurs économies, ils peuvent le faire, ils en sont maintenant convaincus, et leur décision est prise : en octobre prochain, la petite famille partira, direction la France. On ne tarde pas à s’apercevoir que les chaînes invisibles qui les lient à leur petit confort ne sont pas si faciles à briser… Et cette décision radicale est bien vite remise en question. La suite est à découvrir au plus vite dans un cinéma proche de chez vous !
Les noces rebelles est une petite merveille sur l’enfer du quotidien, le déchirement finalement si banal d’un couple comme tant d’autres, la résignation, l’illusion du bonheur, la perte progressive de toute étincelle de projet de vie au profit d’un formatage imposée par une société de consommation, une société fade et mortellement ennuyeuse. Un drame de la vie quotidienne parfaitement retranscrit, où les effets miroirs entre voisins (de la même tranche d’âge où, en perspective d’un avenir bien morose, plus agés qu’eux) est on ne peut plus parlant. La tragédie ordinaire de gens ordinaires qui semblent ne pas pouvoir échapper à un destin d’une affligeante banalité accompagné de son lot de disputes, de mensonges, de tromperies. Le film est splendidement situé dans les années 1950, mais l’histoire, intemporelle, pourrait tout aussi bien se passer de nos jours. Elle doit forcément faire écho pour beaucoup de couples (rappelons que Kate Winslet est ici dirigée par son mari, réalisateur d’American beauty en 2000 ou encore des Sentiers de la perdition en 2002), mais également à celles et ceux qui se sont éloignés de leurs rêves pour vivre une vie bien moins passionnante et reluisante que celle imaginée…
Leonardo DiCaprio et Kate Winslet sont absolument époustouflants, très certainement leur meilleure performance à tous les deux. Pour ceux qui doutaient encore d’eux (ils en ont pourtant fait du chemin, chacun de leur côté, ces dix dernières années !), l’incarnation de ce couple déchiré et déchirant (radicalement opposé à celui de Titanic) est la preuve incontestable de leur immense talent d’acteur/ice. Même les seconds rôles sont absolument parfaits : un casting irréprochable pour une réalisation sans faille où jamais les effets de style ne prennent le pas sur le propos. Du très grand cinéma.
Ludo




Ornelune said
janvier 27 2009 @ 9:38
Sam Mendes se montre attaché aux banlieues résidentielles des villes américaines. Le tournage de American beauty s’était déroulé dans les villes californiennes de Los Angeles, Sacramento, Torrance et Long Beach (sur la baie de San Pedro évoquée dans Charlie’s angels, les anges se déchaînent, McG, 2003).
Ces grandes étendues pavillonnaires propres et lisses, aux pelouses impeccables qui, aux États-Unis, sont réservées aux travailleurs des centres villes et des edge cities (jeunes cadres et employés dans le secteur des services), offrent une façade idéale pour traiter de l’hypocrisie sociétale.
Dans Les noces rebelles, les Wheeler (condamnés par ce nom à un cercle vicieux -?- dont ils n’arrivent pas à sortir) sont installés dans une banlieue d’une ville du Connecticut (cet Etat ne comporte que des villes moyennes ou petites, 500 000 hab. tout au plus). Plus précisément, leur maison se situe sur Revolutionary road, d’où le titre original, nom qui entre en contradiction avec celui-là même des protagonistes.
Ornelune said
mars 2 2009 @ 7:52
J’avais complètement perdu de vue que l’histoire prenait place dans les années 1950. Par ailleurs, rien d’aussi géographique qu’American beauty contrairement à ce que je laissais entendre dans mon premier commentaire.
Pourtant le banlieue est bien là comme une façade et le sujet est bien la même hypocrisie pointée du doigt dans American beauty, aussi cet entonnoir dans lequel la société nous balance et contre quoi, à cause d’un excès de mollesse, personne ne réagit.
Les visages des deux acteurs principaux sont superbement filmés, en particulier dans les moments de disputes ou de détresse ; une lumière un peu crue laisse apparaître les premières rides au coin d’un œil ou d’une bouche. DiCaprio, par certaines expressions, me fait penser à Jack Nicholson.
L’ensemble est pas mal du tout même si la réalisation est assez plan-plan. Les trois dernières scènes sont de trop. Sam Mendes pouvait tout aussi bien terminer son film sur la course de l’acteur. La scène avec le couple de voisins creuse un peu plus la personnalité et les remords du bonhomme, mais quelle importance a réellement le personnage. Le plan montrant DiCaprio dans le jardin d’enfants n’apporte rien (une caméra derrière l’épaule accentue la fatalité de son histoire, mais le spectateur peut s’en passer). La dernière scène avec le couple de personnes âgées est la meilleure idée des trois mais alourdit la tendance explicative du film. Pas un couple n’est à sauver. Tous sont remplis d’hypocrisie et de mauvais sentiments. Pal mal, pas mal.