Le septième fils

Sergey Bodrov, Gerri L. Crawford, 2014 (États-Unis)




PET DE GOBELIN


Avant tout, il est instructif de considérer la manière dont cet épouvantable film d’heroic fantasy a été produit. On peut noter par exemple que le réalisateur russe Sergey Bodrov (Mongol, 2007) n’est pas le seul réalisateur crédité, puisque le nom de Gerri L. Crawford apparaît aussi au générique. Mais sur Allocine Crawford est co-réalisateur, sur l’Imdb il a un poste à l’art departement, autrement dit costumier ou accessoiriste. Rien que pour la réalisation, ce n’est donc pas très clair. Ensuite, on lit qu’une kyrielle d’acteurs approchés a décliné l’offre de participer au film, non pas Jeff Bridges ni Julianne Moore trop heureux de se retrouver après The Big Lebowski (Coen, 1998) et certainement très amusés par les costumes et les possibilités déclamatoires de leurs personnages (Maître Gregory et Mère Malkin), mais les acteurs censés former le couple de jeunes gens qui les accompagnent finalement joués par Ben Barnes et Alicia Vikander. Ainsi, parmi les acteurs, à la carrière trop jeune pour être de leur avis compromise avec Le septième fils et qui ont donc préféré s’investir ailleurs, on liste Jennifer Lawrence, Dianna Agron, Imogen Poots, Alex Pettyfer, James Frecheville, Sam Claflin… (sans parler d’une apparition de Kit Harington le temps d’une séquence) De même, à la musique (écrasante et pénible durant les combats), Marco Beltrami n’est qu’un remplaçant de dernière minute. Par ailleurs, Le septième fils a connu son lot de mésaventures durant la post-production (changement de studios pour les effets spéciaux numériques) et pour assurer sa distribution (campagne publicitaire interrompue, changement de propriétés et de studios pour les droits…).

L’adaptation de la série de romans L’Epouvanteur (The Wardstone chronicles) de Joseph Delaney parait donc compromise dès la lecture de ces informations glanées. D’autant que, après le film, le spectateur, même indulgent, se voit bien obligé de confirmer cette faillite artistique pressentie. Le septième fils croule sous des effets numériques par trop visibles. Peu concerné par l’intrigue, on s’amuse à voir les costumes ridicules des figurants dans les arrière-plans. On s’étonne enfin un peu de constater que longtemps le film avance avec d’un côté le clan des bons, chevaliers, apprentis, la gente masculine noble et combattante, et de l’autre le clan des monstres, un noir (Djimon Hounsou), un asiatique (Jason Scott Lee), un indien (Zahf Paroo) ainsi que les seules femmes du film. Méfait d’une mondialisation forcée (et concernant le Moyen Âge, mondialisation pour le moins précoce), à vouloir diversifier leur bestiaire, les scénaristes du Septième fils ont fait preuve d’un manque certain d’attention, disons-le comme cela, à l’égard des « minorités » (même le troll Tusk, blanc de peau certes, s’en sort mieux question réputation). De plus, si on peut sauver toutefois la maman et in extremis la future dulcinée, toutes les femmes du film, ce que je trouve assez remarquable, qu’elles soient reine, mère ou fille (et même une fillette qui sera exorcisée), ne sont que des sorcières et des diablesses qu’il faut brûler ou qu’il est urgent « d’entraver »… Pour toutes ces raisons, même si cette autre adaptation finit par devenir une épreuve critique, La bataille des cinq armées de Peter Jackson (film sorti le même mois) vaut finalement beaucoup mieux que ce pet de gobelin.

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