Mirage de la vie, Le (Imitation of life)

Douglas Sirk, 1959 (États-Unis)




Les bouquets de fleurs sont de tous les cadrages. Les couleurs des pétales sont éclatantes lorsque la passion entre les personnages est débordante, pâles ou plongées dans l’ombre quand les larmes sont prêtes à couler (les fleurs du cercueil sont blanches). Veuve et sans emploi, Lora Meredith (Lana Turner), élève seule sa fille Susie (Sandra Dee adolescente) jusqu’à rencontrer Annie Johnson (Juanita Moore), noire sans logis qui, comme elle, est seule avec sa fille Sarah Jane (Susan Kohner). La générosité de l’une et la dévotion de l’autre (qu’un détestable héritage culturel et le contexte racial cantonnent au rôle de domestique) les lient plusieurs années durant. Miss Meredith persévèrent et trouve la reconnaissance en tant que comédienne*. Grâce à ses nouveaux revenus, le confort de ces mères et demoiselles s’améliore mais pas nécessairement leur bien-être.

Sarah Jane est métisse et n’accepte ni la couleur de peau de sa mère sur laquelle pèse tout le racisme des années 1950, ni le sort réservé aux noirs qui étaient, tout en bas, dans les sous-strates de l’échelle sociale, nécessairement jardiniers ou chauffeurs (il ne fait aucun doute en voyant ce Sirk-là que Todd Haynes y a puisé l’essentiel de la matière travaillée dans Loin du paradis en 2002). Sarah Jane fuit, rompt tout lien avec son passé et devient danseuse de cabaret. Sa mère la rattrape et, lors de leur rencontre, le cadrage montre tout le poids que représente pour elle sa mère et sa couleur de peau (quel que soit l’angle, Sarah Jane est écrasée dans l’image par la figure d’Annie). Susie n’est pas moins désespérée puisque sa mère finit par demander en mariage Steve le bellâtre, ami de la famille (John Gavin), aimé secrètement par la jeune fille… Sur la gorge de Miss Meredith, les joyaux brillent de plus en plus (comme les diamants du premier générique remplissant l’écran). Pendant ce temps, Annie perd éclat et vitalité. Son âme noircit jusqu’à la nécrose.

Le mirage de la vie, qui est le remake d’Images de la vie (John Stahl, 1934), montre des personnages complexes, tourmentés et les couleurs, l’ombre, la lumière donnent tout son sens à l’image. En fin de carrière, le style de Douglas Sirk s’exprime sans retenu.






* Parce qu’Hitchcock réalise Vertigo un an avant, ne peut-on voir une petite ressemblance entre les deux belles bondes platines, Lana Turner, lorsqu’elle triomphe sur les planches avec pour décor derrière elle le pont du Golden Gate, et Kim Novak ?

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