L’armée du crime

Robert Guédiguian, 2009 (France)




Réalisateur engagé, Robert Guédiguian s’attaque cette fois-ci à une page célèbre de la Résistance : celle du groupe Manouchian. Ce groupe était composé essentiellement d’ouvriers et d’étudiants d’origine étrangère (Arméniens, Roumains, Polonais…) et était dirigé par les Francs-tireurs et partisans (FTP), mouvement créé par les communistes dès 1941 pour lutter contre l’occupant nazi. Après quelques succès durant l’année 1943 en région parisienne, la Gestapo et la police française démantelèrent le groupe et appréhendèrent ses membres. L’occupant monta alors un simulacre de procès qui servit aussi de propagande pour qualifier les résistants de simples bandits et voleurs à la solde des puissances étrangères ainsi que pour déstabiliser les autorités légitimes. Leur origine étrangère fut bien entendu mise en avant. L’Affiche rouge fut imprimée : elle montre les portraits des principaux membres du groupe accompagnés de photos d’usines détruites et de trains ayant déraillé. Il y est inscrit : « La Libération par l’Armée du crime ! » d’où le titre du film. En fait, cette opération de propagande n’eut pas le succès escompté. En effet, elle prouvait à la population française qu’il existait bien une armée de libération du territoire.

Dans ce film, Robert Guédiguian s’attache à présenter les principaux membres du groupe : leur situation au début de la guerre et les raisons qui les ont poussés à s’engager dans la Résistance. Il montre également les débuts balbutiants de ces combattants de l’ombre (tracts faits à la main, attentats isolés) avant que ces groupes ne se structurent et ne rejoignent les grandes organisations de Résistance disposant de moyens accrus (ronéos et armes automatiques). Le réalisateur s’attarde également sur la vie dans Paris à cette époque, en particulier pour ces familles émigrées (la reconstitution des anciens métiers est très réussie).

Le métrage n’est malgré tout pas exempt de défaut. Il y a quelques erreurs historiques, en particulier la chronologie qui n’est pas respectée. Je trouve cela regrettable même si le réalisateur le justifie d’une note précédant le générique de fin. Autre point, celui du sort de la jeune résistante Olga Bancic (superbement interprétée par Olga Legrand au passage) qui ne sera pas fusillée comme ses autres compagnons. Elle sera graciée mais pour être finalement déportée en Allemagne et décapitée. Je n’ai pas tellement aimé le jeu de Simon Abrakian (il joue le rôle de Manouchian), manquant de charisme, ni celui de Virginie Ledoyen qui interprète le rôle de sa compagne. En revanche certains seconds rôles sont réussis comme celui de Jean-Pierre Daroussin, l’inspecteur opportuniste Pujol. En bref, un bon film sur la Résistance française mais dont le cadre historique est quelque peu négligé au profit des personnages.

4 commentaires à propos de “L’armée du crime”

  1. Moins marseillais que par le passé, notamment son précédent, Lady Jane.

    Guédiguian ayant des affinités communistes et étant d’origine arménienne (ce qu’il nous dit dans Le voyage en Arménie en 2006), ce sujet était prêt pour lui.

  2. C’est certain c’est pas son film le plus marseillais.
    Mais depuis il n’a eu de cesse d’y revenir à travers ses films, pour notre plus grand plaisir.

    • Toujours pas vu L’armée du crime, en revanche, ton commentaire me permet à la fois de me rappeler que son précédent est superbe (et le plus beau que j’ai pu voir de ce réalisateur), La villa (2017), et de découvrir que son prochain sort mercredi prochain, Gloria mundi ; et que les acteurs, l’affiche et le titre me donnent soudain une très grande envie de le voir.

  3. Oui c’est vrai La villa était magnifique et bien d’autres aussi. Guediguian c’est un cinéma particulièrement engagé, on aime ou pas, mais si tu as l’occasion de voir Gloria mundi vas-y. Moi je l’ai vu en avant première à Marseille avec son équipe fétiche.

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