La bande à Badeer

Uli Edel, 2008 (Allemagne)



Pendant une trentaine d’années (de 1968 à 1998), la R.A.F. (Fraction Armée Rouge), au nom d’un idéal révolutionnaire pour une société plus libertaire, égalitaire et humaine, a perpétué un grand nombre d’attentats, de kidnappings et d’assassinats. Uli Edel revient sur ses origines, de la fin des années 1960 au procès de ses trois instigateurs : Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Gundrun Ensslin.

Fondée au départ sur des idéaux pacifiques et contre le libéralisme américain, La bande à Badeer a vite compris qu’elle ne serait entendue qu’en employant la méthode forte : mais les attentats perpétrés ne devaient faire aucune victime. Il semble que rapidement la machine révolutionnaire mise en place a échappé au contrôle de ses créateurs, tant au niveau du nombre que de la violence des crimes commis au nom de la liberté. Cette fraction terroriste a vite dégénéré en commettant des meurtres, même lorsque ses dirigeants étaient sous les verrous et ne contrôlaient plus rien.

En France, on a eu Mesrine à la même époque, en Allemagne La bande à Badeer était l’ennemi public n°1. Personnellement, je ne connaissais que très vaguement leur histoire et ne pourrait donc juger de la crédibilité de cette reconstitution. Il semble néanmoins qu’Uli Edel ait attaché une grande importance à la véracité des événements, en allant tourner sur les lieux-mêmes de certains assassinats, comme celui de Benno Ohnesorg.

Le film est je pense bien plus intéressant et pertinent pour le peuple allemand et celles et ceux qui s’intéressent de près à la R.A.F. que pour un grand public. En poursuivant la comparaison avec Mesrine, les deux films de Jean-François Richet font davantage office de fiction et de cinéma à grand spectacle (même si fondés sur des faits bien réels) et donc ne peuvent être seulement vus par un public franco-français. La bande à Badeer est en revanche bien plus réaliste et austère (l’image, très années 1970, fait penser à la joie de vivre légendaire qui se dégageait des épisodes de Derrick !), moins romancé et suscite donc moins d’émotions. Disons que cela se regarde comme un documentaire, de façon plus académique que divertissante. L’ambiance de l’époque est parfaitement retranscrite, malgré quelques grosses ficelles au niveau de l’illustration musicale (on commence par Janis Joplin, Mercedes Benz, puis plus tard avec Deep Purple, Child in time, ou encore les Who et My generation) et les acteurs sont plutôt convaincants sans être non plus époustouflants*.

Même si cela ne se voit pas de prime abord, La bande à Badeer est le film au plus gros budget de toute l’histoire du cinéma allemand (20 millions d’euros) . Efficacité et réalisme sont réunis, mais le climat morose, plat et quelques longueurs risquent d’en rebuter plus d’un. A voir surtout pour apprendre, comme un exposé cinématographique.





* A ce propos, les deux acteurs principaux ont déjà tourné dans de célèbres films liés à l’Allemagne nazie : Moritz Bleibtreu incarnait un colonel SS dans le très moyen Les femmes de l’ombre de Jean Paul Salomé (2008) et Bruno Gantz était dans la peau d’Hitler en personne dans La chute d’Oliver Hirschbiegel (2005).

Une réponse à “La bande à Badeer”

  1. Bonjour, moi qui suis assez vieille pour avoir vécu si je puis dire ces événements, je trouve que le film manque un peu d’explications, de contexte historique, c’est un peu anecdotique. C’est dommage car ce moment de l’histoire de l’Allemagne est passionnant.

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