Le jour où la Terre prit feu

Val Guest, 1961 (Royaume-Uni)

Le film sort en pleine course aux missiles balistiques, quelques mois après l’entrevue Khrouchtchev Kennedy qui atteste bien d’un équilibre de la terreur. Le feu du titre est occasionné par de brusques changements climatiques, eux-mêmes causés par deux essais nucléaires que les États-Unis et l’URSS ont mené simultanément. L’ÉQUATEUR A BOUGÉ, SELON LES SCIENTIFIQUES » : en éclatant, les bombes ont déplacé l’axe du globe de onze degrés. La catastrophe est donc atomique mais la solution également, ce qui montre la foi que les Occidentaux placent en l’atome. Ainsi, après que le Royaume-Uni, les États-Unis, l’URSS et la France ont durant un temps bref envisagé de se désintéresser du « projet nucléaire », quatre bombes nucléaires sont finalement lancées pour « enrayer la progression vers le soleil ».

Cette proposition eschatologique est suivie depuis la rédaction d’un périodique installée à Londres. Parallèlement aux événements mondiaux, on suit les lourdes tentatives d’approche d’un journaliste (Edward Judd) auprès d’une jeune standardiste (Janet Munro). La température extérieure grimpe degré après degré et l’excitation du bonhomme aussi, jusqu’au baiser au milieu du film. La scène suivante voit s’abattre une apocalypse climatique sur la capitale britannique et c’est ensuite que l’on apprend les détails concernant l’inclinaison nouvelle de l’axe terrestre (au Battersea Park) : à se demander si ce n’est pas plutôt le baiser qui aurait tout déclencher. Hitchcock ne l’a-t-il pas d’ailleurs compris ainsi ? Car, effectivement, Tippi Hedren et Rod Taylor s’embrassent en milieu de pellicule et leurs sentiments sont à l’origine de tous les phénomènes observés (Les oiseaux, 1963).

Après le compte à rebours final, deux unes sont prêtes à mettre sous presse : « World saved », « World doomed ». Sur le discours aimant du journaliste, qui a obtenu ce qu’il voulait et peut enfin se remettre à écrire, le dernier travelling s’élève vers la cathédrale Saint-Paul. Même final en suspens que dans Le monde, la chair et le diable (MacDougall, 1959) : fin d’une ère ou commencement d’une autre ?

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