Jacknife

David Hugh Jones, 1989 (Etats-Unis)

Robert De Niro, qui crève l’écran une fois de plus, incarne Megs (dit « Jacknife »), un vétéran du Vietnam marqué à vie par les horreurs de la guerre. Une nouvelle occasion pour l’acteur de fustiger cette guerre qui a laissé un traumatisme profond à toute une génération.

Ainsi, après Greetings (un de ses tous premiers films, réalisé par Brian De Palma en 1968), Hi, Mom (également de Brian De Palma en 1970) et surtout les deux chefs-d’œuvre absolus que sont Taxi driver (de Martin Scorsese, 1976, dans lequel il jouait aussi le rôle d’un ancien de la guerre du Vietnam, le fameux Travis) et The deer hunter (Voyage au bout de l’enfer en français, de Michael Cimino, 1978), De Niro interprète à merveille ce vétéran qui rend visite à un de ses anciens camarade de combat, Dave (interprété par le grand Ed Harris… Avec des cheveux !), pour l’emmener à l’ouverture de la pêche. Megs se rend vite compte que son pote n’a pas surmonté le traumatisme de la guerre et un sentiment de culpabilité l’habite toujours (car il se croit responsable de la mort de Bobby, le meilleur ami de Megs, tombé au combat), sentiment qu’il tente en vain de noyer dans l’alcool.

Megs fait aussi connaissance avec Martha, la sœur de Dave (avec qui elle vit et fait plus office de bonniche qu’autre chose…), institutrice un peu vieille fille, et naît ainsi une belle histoire d’amour qui sera néanmoins rendue difficile par les relations conflictuelles de ce trio (la venue de Megs ayant ravivé de vieilles douleurs chez Dave ; ce dernier se sent un peu jaloux de leur relation).

Le film n’est pas un chef-d’œuvre ni un modèle de réalisation (David Jones ne marquera pas l’histoire du cinéma), mais en tout cas l’interprétation remarquable de ces trois acteurs (Martha est jouée par Kathy Baker, qui a participé à pas mal de séries télés telles que Ally Mc Beal, Nip/Tuck ou encore New York unité spéciale et qui recroisera au cinéma la route de De Niro en 1993 dans Mad dog and glory. Elle joue également dans Edward aux mains d’argent de Tim Burton en 1991), évidemment De Niro en première ligne, le rend particulièrement émouvant. Son interprétation du personnage de Megs est là encore bluffante : son personnage est une sorte d’ours bourru à la démarche franche et volontaire, un mécano un peu primitif mais rempli de bonnes intentions. Sa maladresse d’approche de Martha le rend d’ailleurs très touchant et dévoile ainsi sa fragilité sous sa carapace (une belle barbe et des cheveux longs à la Chabal !). Les regards furtifs de De Niro, son travail introspectif, son jeu tout en sobriété est absolument irrésistible.

Notons encore que dans le thème récurrent du Vietnam, De Niro avait déjà prêté sa voix à un documentaire (Dear America, letters home from Vietnam de Bill Couturié en 1987) dans lequel il lit l’une des lettres écrites par un soldat condamnant sévèrement l’intervention militaire des Etats-Unis (comme l’histoire se répète…).

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