Hôtel Woodstock (Taking Woodstock)

Ang Lee, 2009 (États-Unis)

Ang Lee dépouille Woodstock de ses icônes et ne retient du festival d’août 1969 que quelques grammes de drogue, peu de sexe (sinon latent) et, en off, un léger fond de guitare électrique.

« Trois jours de paix et de musique » annonçaient les affiches, colombe et guitare à l’appui, mais Elliot Teichberg (Demetri Martin) n’aura vraiment droit ni à l’un ni à l’autre. Le jeune homme, dont les vieux parents tiennent un motel minable, est celui qui fait en sorte d’attirer les organisateurs du concert sur la morte et rurale localité de Bethel dans l’Etat de New York (à une certaine distance de Woodstock et de Wallkill, ville initialement prévue pour accueillir les festivités). L’événement prend une telle ampleur qu’il dépasse à la fois les espérances et l’organisation des responsables (Michael Lang le premier d’entre eux, joué par le très cool Jonathan Groff, proche par l’allure et la tignasse de Roger Daltrey des Who).

500 000 participants au lieu des quelques milliers prévus et une recette énorme pour tous (village d’accueil y compris) malgré la gratuité d’accès décidée à la fin du premier jour à cause de l’affluence. Les problèmes qui suivent servent encore d’anecdotes : routes bloquées sur des dizaines de kilomètres, faiblesse des infrastructures d’accueil (logements, toilettes…), le mauvais temps s’invitant et le public plongé dans la boue… Il revient à Elliot de s’expliquer avec des locaux qui, au fur et à mesure du déferlement hippie, craignent que les sauvages ne fument leurs champs et ne violent leurs vaches. Même, une fois qu’il a décidé d’approcher la scène et de profiter du spectacle, Elliot fait la rencontre d’un couple de Californiens (dont Paul Danno les cheveux longs) qui, de leur camionnette, prévoient de l’embarquer pour un trip psychédélique à l’acide. Donc, pour Elliot, ni paix, ni musique.

Derrière ses protagonistes, Ang Lee se tient éloigné de la scène (un seul plan la montre comme un point de lumière au milieu de la foule). A peine si les noms de Janis Joplin ou d’Hendrix sont évoqués. Pas d’archives, pas d’extrait musical : c’est à la fois l’atout et la faiblesse du film (sur le contexte musical rock des années 1960-1970, préférer Presque célèbre de Cameron Crowe, 2000, ou The Doors d’Oliver Stone, 1990). Le réalisateur s’écarte des images sans cesse rediffusées et filme une fiction sur les coulisses du Woodstock Music and Art Fair. Il partage l’écran et multiplie les points de vue livrés dans leur simultanéité. L’excitation du moment est privilégiée (le procédé du « split screen » est utilisé dans Hulk, 2003, mais y trouve un tout autre sens). Sur le ton de la comédie, Ang Lee nous raconte (avant tout le reste) l’histoire de ce jeune homme plutôt attiré par Manhattan, un peu perdu à Bethel, coincé dans ses relations familiales entre une mère austère et un père taciturne… Au bout des trois jours de chambardement, après avoir chassé l’inopportun de la propriété à coup de batte de base-ball ou remis la main sur le magot familial, père et mère se décontractent… L’opposition esquissée entre les deux générations est balayée un instant (les parents juifs et d’origine russes et la génération baby-boom ; le couple marqué par la Seconde Guerre mondiale et leurs enfants affranchis du drame passé).

Une brève à la télé évoque les tensions en Israël, Billy joué par Emile Hirsch revient du Vietnam secoué par la guerre, puis le contexte international disparaît du métrage. Le contexte est oublié comme si le festival grossissant constituait le seul événement notable, ses acteurs le seul intérêt valable. Les Etats en guerre s’effacent au profit des individus. L’expérience de Neil Armstrong et de ses comparses en 1969 ne vaut pas à côté de celle des pacifistes mélomanes venus partager trois jours ensemble. Recentré sur l’individu, le réalisateur de Garçon d’honneur (1993) et du Secret de Brokeback moutain (2006) se penche sur Eliott, ses regrets de fils et ses penchants homosexuels (plus discrets que ceux de l’exubérante Vilma interprétée par Liev Schreiber ; rôle assez distant de celui de Dents-de-sabre dans Wolverine, Hood, 2009). Cependant, malgré ses qualités, Hôtel Woodstock n’emballe pas vraiment (peut-être un problème de rythme). Ang Lee fait un film cool, ce qui ici signifie aussi par moment un film mou.






Notes publiées dans Kinok en février 2010.

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