Hellboy

Guillermo del Toro, 2004 (États-Unis)

Hellboy (HB pour les intimes) a vraiment la classe. Amateur de gros cigares, il prend aussi bien soin de sa personne en se rabotant consciencieusement les cornes chaque matin, comme d’autres se rasent, mais lui afin de paraître plus humain. Car HB est complexé par son faciès démoniaque et « déprité » (à la fois déprimé et dépité, permettez-moi le néologisme) parce que son apparence effraye, ce qui le rend assez bougon et irascible. Il faut avouer qu’il a plutôt un sale caractère le bougre ! Pourtant la silhouette du « singe rouge », comme certains l’appellent dédaigneusement, ne reflète pas sa véritable personnalité, tendre et douce… Il aime être entouré de nombreux chats et s’enflammerait volontiers pour la belle brune Liz Sherman !

Le diablotin rouge, Anung Un Rama de son vrai nom, naquit des flammes de l’enfer durant la Seconde Guerre mondiale à la suite d’une cérémonie occulte célébrée par Raspoutine qui, ayant survécu à ce qui n’a été qu’une tentative d’assassinat en 1916, collabora avec les nazis désireux de dompter les forces maléfiques pour assouvir leur soif de conquête. Mais la rouge créature fut sauvée par Trevor Bruttenholm, alias le docteur Bloom (John Hurt), qui devint son père adoptif. Le docteur travaillait pour l’armée américaine et faisait parti du B.P.R.D. (« Bureau for Paranormal Research and Defense »). Hellboy alla donc contre sa nature infernale et se fit combattant des forces du mal… A ses côtés, une autre créature bien originale, l’humanoïde amphibien et télépathe Abraham « Abe » Sapien (Doug Jones), qui, enfermé dans son caisson aquatique, aime lire quatre bouquins simultanément et raffole des œufs pourris. Et puis bien sûr celle dont le timide Hellboy est éperdument amoureux, Liz Sherman, douée de pouvoirs pyrokinétiques (mais pas de lien de parenté avec la torche humaine des 4 fantastiques !).

Ce que j’apprécie dans Hellboy, autant dans ce premier film que dans le suivant, c’est le ton volontairement décalé, un humour omniprésent (même si plus développé dans le numéro II, les légions d’or maudites sorti en 2008) et une certaine poésie. Ce n’est en tout cas pas un de ces films de super-héros tourné au premier degré et servant de prétexte à du gros blastage, des explosions en cascade et une surenchère d’effets spéciaux. Certes, ce long métrage apporte aussi son lot d’images spectaculaires, mais la personnalité bien singulière de cet « anti héros » et tout le travail de Guillermo del Toro font de Hellboy un être atypique très attachant.

La patte de del Toro est bien présente et son style, très créatif, se reconnaît immédiatement. On peut en effet faire plusieurs parallèles avec le superbe Labyrinthe de Pan sorti deux ans après. Dans les deux métrages, la réalité historique, le contexte de guerre, l’évocation de régimes dictatoriaux (les nazis dans cette histoire, l’Espagne franquiste dans l’autre) se mêlent à la fable fantastique. Deux réalités, un monde visible, un autre invisible, des événements réels, un conte imaginaire. Certes, del Toro n’a écrit ni l’histoire d’Hellboy, ni son scénario (il est tiré du premier comic-book, « Les graines de la destruction », et reprend des éléments d’autres volumes de la BD) mais il y a apporté sa touche personnelle et rajouté pas mal de choses, comme par exemple le monstre démoniaque Sammael. Il faut dire que « le Peter Jackson mexicain » aime particulièrement les créatures étranges et possède un goût très prononcé pour l’ésotérisme. Cette histoire lui va donc comme un gant. C’est ainsi que bon nombre de symboles et de codes occultes apparaissent dans plusieurs de ces œuvres (les cercles gravés sur la peau de Hellboy et du faune du Labyrinthe, de même, le labyrinthe circulaire et le chemin initiatique sur lequel est versé du sang sont repris dans les deux films). Idem pour sa fascination des mécanismes et des rouages. Dans Le labyrinthe de Pan le caractère méticuleux et perfectionniste du capitaine Vidal (Sergi Lopez) prend pour symbole sa passion pour les mécanismes d’horloges et de montres. Ici des rouages complexes de plus grande ampleur déclenchent des systèmes d’ouvertures et de fermetures de portes ou de pièges (la scène dans le mausolée de Lénine). Des engrenages dorés, plus impressionnants encore, sont également montrés dans Hellboy II.

Pour incarner Hellboy, del Toro a fait appel à Ron Perlman qui se révèle idéal dans ce rôle de brute gentille. L’acteur, au physique et à la gueule impressionnante, avait déjà fait des merveilles dans les grands classiques de Jean-Jacques Annaud : en homo sapiens dans La guerre du feu (1981), dans la peau du fameux Salvatore dans Le nom de la rose (1986) ou dans Stalingrad (2001). Sa première collaboration avec del Toro remonte en fait à 1993 pour Cronos, puis Blade II en 2002. Il se fait par ailleurs remarquer avec Jean-Pierre Jeunet dans La cité des enfants perdus (1995) et Alien, la résurrection (1997).

A la fois drôle et spectaculaire, esthétiquement irréprochable, Hellboy est devenu, grâce à un audacieux del Toro, un blockbuster à contre-courant des productions hollywoodiennes. Excellente entrée en matière et sa suite, Hellboy II, les légions d’or maudites, est encore supérieure.

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