Go fast

Olivier Van Hoofstadt, 2008 (France)


Lorsque je suis allé voir Faubourg 36, la (très) grande majorité des spectateurs était un public du troisième âge, pour Go fast il semble que ce soit la frange 18/30 ans de la banlieue qui était de sortie en ce dimanche soir (rappelez-vous, cette banlieue même que Sarkozy voulait « nettoyer au karcher »…) ! A chaque film son public !

Avec ce polar français on est plongé en plein dans l’univers violent et sordide des quartiers mal famés pour une histoire finalement assez banale de trafic de drogue : une planque qui tourne mal, plusieurs flics sont tués et le meilleur ami de l’un d’entre eux (qui désire forcément rendre justice lui-même) est ensuite engagé pour infiltrer un réseau de revendeurs qui achemine la marchandise depuis l’Espagne. Les « go-fasteurs » sont ainsi appelés car ils roulent à fond sur l’autoroute la malle remplit de came… Le réalisateur aurait travaillé avec certains policiers pour donner le plus de réalisme possible au film, mais force est de constater que Go fast c’est quand même bien du cinoche ! Il n’y a qu’à voir les moyens mis en œuvre pour suivre cet infiltré au sein du réseau de trafiquants : les agents de 24h chrono n’ont qu’à bien se tenir ! Difficile d’y croire en tout cas… En particulier la scène dans laquelle ils échangent une voiture contre une seconde à l’identique (avec en plus caméras et micros) en prenant soin de remettre magazine, canette et flingues où ils étaient et en vaporisant la voiture d’une espèce de « fausse poussière » en bombe ! Enfin, je ne sais pas si la brigade des stups a vraiment tous ces moyens pour pister le trafic de cannabis…

Go fast est moyen et convaincant : les acteurs sont très (trop) sérieux, pas du tout de second degré et on a du mal à croire, comme noté précédemment, à toutes les méthodes employées par la police dans cette opération. Il n’y a absolument pas la profondeur que l’on retrouve dans les films d’Olivier Marchal (MR 73 sorti la même année par exemple) et ce polar reste confiné aux œuvres de seconde zone. De plus, la musique est franchement très mauvaise et à part Roschdy Zem, qui ne s’en tire aps si mal, certains acteurs jouent parfois faux dans les rôles de « bad boys » des banlieues… De même, de peur de choquer, on sent également un casting bien pensé : le « méchant » (celui qui tue le meilleur ami du flic infiltré) est blanc, le flic gentil c’est l’Arabe qui est « du bon côté », enfin un black fait le deuxième méchant. Bref tout y est… Oui, je suis d’accord pour dire que ce mélange de couleurs (la célèbre France « black, blanc, beur » des années 1990) corresponde bien à la réalité des quartiers dits « sensibles » et des effectifs de police, mais dans le cas présent la distribution semble bien trop calculé pour ne pas nous interroger et laisser dubitatif. En tout cas, c’est maladroit et très cliché. Idem pour le rôle de Roschdy Zem (que j’ai bien plus aimé dans La fille de Monaco d’Anne Fontaine, sorti l’été 2008), déjà vu mille fois et qui aurait très bien pu être remplacé par un Samy Naceri par exemple. Ajoutez quelques poursuites en voiture, pas mal de fusillades…

Trop approximatif dans son approche de la réalité, pas assez de distance… A éviter.

3 commentaires à propos de “Go fast”

  1. Go fast est la dernière production Besson, ce qui donne une explication à la couleur du casting, argument de vente essentiel pour le public visé (celui que tu cernes sans difficulté : une tranche d’âge et une catégorie sociale avec ses attitudes, sa culture, ses lieux de vie). Les autres arguments de vente pour une telle cible ? Action, drogue, vengeance, bagnoles vitesse plein pot. Ne manque-t-il pas une bombe sexuelle au cahier des charges ? De l’autre côté de l’Atlantique, Michael Bay, lui, en fait une condition nécessaire à ses tournages (voir ce que j’en écris dans Transformers, 2007).

    Il ne faut tout de même pas associer Luc Besson qu’à un simple homme d’affaires ne ruminant que de noirs desseins et ne cherchant à produire que de sombres merdes. Europacorp, sa société (créée en association avec le producteur Pierre-Ange Le Pogam), n’est pas seulement responsable de Michel Vaillant (Louis-Pascal Couvelaire, 2003), Banlieue 13 (Pierre Morel, 2004), Les rivières pourpres 2 (Olivier Dahan, 2004), Le transporteur et ses suites (Corey Yuen et Louis Leterrier pour les deux premiers volets, 2002 et 2005, Olivier Megaton en 2008), Taxi, ses suites et son remake (Gérard Pirès en 1998, Gérard Krawczyk en 2000, 2003, 2007 et New York taxi de Tim Story, 2005), Wasabi (Gérard Krawczyk, 2001) et autre Yamakasi (Ariel Zeitoun, 2001)… Europacorp distribue Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry (2008) ou bien Les trois enterrements de Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones (2005)… Que faire ? Abandonner la production pour ne faire que de la distribution ? Mais l’argent gagné avec la première activité ne permet-il pas la seconde ? Peut-être faudrait-il tout simplement gagner un peu en ambitions… Non pas financières !! Non, ça c’est bon. Plutôt artistiques… Plus simple encore, gagner en ambitions cinématographiques.

    En outre, si tous ces acteurs sont mauvais dans Go fast, que dire de Olivier Gourmet (qui a tout de même côtoyé Jean-Pierre et Luc Dardenne, Bruno Podalydès ou Yolande Moreau) ? Même panier ?

  2. Merci pour ce commentaire avisé ! Je ne savais pas, en effet, que c’était une production Besson, et forcément bien des choses s’expliquent… Pour la bombe sexuelle au décolleté vertigineux, je te rassure : elle est bien présente dans le casting (forcément) ! Quand à Olivier Gourmet, tout comme Xavier Maly, il s’en tire plutôt bien mais ce genre de film ne le met disons pas en valeur.

  3. Le film est simple, rien d’exceptionnel, mas il reste prenant par moment. J’ai vu que le scénario a été écrit par Bibi Nacéri (oui le frère de Samy) qui a aussi participé à Banlieue 13 de Pierre Morel (2004), donc il ne faut pas s’attendre à un 36 quai des orfèvres (Olivier Marchal, 2004).

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