Funny games U.S.

Michael Haneke, 2008 (États-Unis)

Chose rarissime : Funny games U.S. est un remake du film du même nom sorti onze ans plus tôt… Du même réalisateur ! Comme quoi, pour avoir refait le même film c’est que Michael Haneke avait vraiment quelque chose à dire. Ce remake reprend quasiment au plan près (seuls les acteurs changent) le film de 1997 : un perfectionniste Michael Haneke ? Il y a même eu récemment une projection « en diptyque » (le 7 mai 2008 au cinéma Lux de Caen), sur deux écrans simultanés, des deux versions !

Peur et violence sont là dès le début : une petite famille se rend dans sa résidence secondaire près d’un lac pour passer quelques jours de vacances. En voiture ils s’amusent à un quizz sur de la musique classique et des opéras lorsque la bande son est brutalement interrompue par un morceau de hard rock proche du grindcore particulièrement déjanté (morceau qu’entend juste le spectateur). La folie furieuse est déjà implantée et ils ne le savent même pas. Deux jeunes hommes d’apparence bourgeoise, bien coiffés, bien habillés et extrêmement polis, font donc le tour des résidences pour jouer à un funny game fait de séquestration, sévices moraux, corporels et meurtres… Cela va commencer par une banale demande d’œufs, un dépannage anodin lors de simples relations de voisinage en somme, et tout va dégénérer rapidement…

Chronique d’une haine somme toute ordinaire (des cas de torture et de séquestration bien plus horribles encore sont régulièrement dans l’actualité… Que ce soit en France, en Autriche, en Belgique…), le film nous met face à notre propre voyeurisme, à l’indécence et à l’exhibition. Et justement, à aucun moment, le réalisateur ne montre de scènes de violence : chaque exécution ou torture se fait systématiquement hors champ et dévoile ainsi d’autres grandes souffrances comme l’humiliation, la torture psychologique et la terreur qui s’installent à travers ce jeu vicieux, pervers, sadique, brutal et terriblement malsain… Mais finalement hypnotisant pour le spectateur.

En ce sens, Funny games U.S. dérange, appuie là où ça fait mal de manière intelligente : le film peut parfois faire penser à un « teen movie », mais il ne faut pas s’y tromper, c’est largement bien plus que ça. D’ailleurs, la salle était exclusivement remplie de jeunes ados dont certains étudiants prépubères rigolaient (bien que nerveusement…) devant des scènes pas franchement comiques… Faisant ainsi le jeu des agresseurs qui se jouent de leurs victimes comme de simples objets avec humour et détachement. C’est là où le voyeurisme malsain fait son effet et où Michael Haneke réussit son pari : en effet, certains spectateurs trouvent ce jeu finalement amusant et prennent le film comme un simple divertissement, un teen movie qui sert juste à faire peur et admirent quelque part les deux jeunes tortionnaires qui excellent dans la pratique de leur jeu pervers, réalisé avec classe et talent… Comme ils admirent aussi les serial-killers dont les meurtres horribles sont souvent érigés en « art ». D’ailleurs (scène assez surréaliste), Naomi Watts, alias Anna dans le film, réussit à un moment à s’emparer d’un fusil à pompe et descend un de ses deux agresseurs. Mais, comme si le spectateur désirait finalement que ça finisse mal et qu’elle ne s’en sorte pas (après tout, les « héros », ce sont eux, les méchants), le deuxième agresseur rigole, puis, agacé, cherche la télécommande -la nôtre en fait !- et rembobine le film juste avant qu’Anna ne saisisse l’arme pour changer le cours des événements et ne pas lui donner cette chance de survie !

La réussite et l’efficacité tiennent de sa réalisation remarquable, malgré des longueurs juste après que les agresseurs aient quitté la maison, mais des longueurs qui semblent délibérées afin d’accentuer le contraste d’avant et d’après l’agression, avec notamment un long plan-séquence de près de dix minutes où l’angoisse est constamment présente : vont-ils revenir ? Grâce aussi à des acteurs ô combien brillants : Naomi Watts criante de vérité, Tim Roth également, idem pour le jeune acteur qui interprète leur fils et puis aussi le génialissime cinglé Michael Pitt et son acolyte moins connu Brady Corbet. Pour ce remake, Michael Haneke a trouvé un casting quasi parfait et n’a donc rien laissé au hasard. Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas vu la version d’origine, mais apparemment ce remake surpasserait le film sorti en 1997… Sinon, à quoi bon le refaire après tout ?

Evidemment, dans le sadisme, la cruauté et la façon dont les protagonistes tournent cette séquestration en un jeu vicieux et violent, Funny games U.S. fait immanquablement penser à Orange mécanique, le film culte de Stanley Kubrick sorti en 1972… En tout de même bien plus violent et dérangeant.

2 commentaires à propos de “Funny games U.S.”

  1. J’ai à l’esprit un autre remake fait plan par plan et à la seconde près : Psycho de Gus Van Sant (1999), un décalque de Psychose d’Hitchcock (1960). La question était alors : est-ce là le meilleur moyen de rendre hommage ou la meilleure preuve d’allégeance à faire au grand Alfred ? Le premier film ne se suffisait-il pas à lui-même ? Si oui, s’agit-il alors d’un simple exercice de style ou d’une sorte de prouesse un peu vaine ?

    Le Funny games U.S. est-il différent de l’original allemand seulement en raison de ses acteurs et de la nationalité de sa production ? Les acteurs américains sont-ils meilleurs que leurs pairs allemands dont les visages nous sont moins familiers ce qui influence certainement le jugement ? Disons simplement tout le talent d’Ulrich Mühe (présent dans Funny games version 1997) pour l’avoir vu dans La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck (2006).

    Ce film reste pour moi une interrogation. Vous me répondrez que ne pas l’avoir vu n’aide pas et vous n’aurez pas tort.

  2. Je vais vous aider à répondre à cette question : quelle est la différence entre Funny games et Funny games U.S. ?

    Vous le savez les bons (ou pas) films européens sont souvent récupérés par l’industrie US pour en faire des remakes à défaut « d’oser » les distribuer en salles. Concernant Funny games, Haneke ne voulait pas céder les droits pour qu’un remake en soit fait. Il a fini par accepter de faire lui-même ce fameux remake à une condition : que les deux films soient strictement identiques, au plan près. Choix honorable voué à ne pas dénaturer sa création originelle, mais l’on peut alors s’interroger sur l’intérêt pour un réalisateur de faire deux fois la même chose en 10 ans. L’explication est sans aucun doute lucrative. Pourquoi s’emm**der à écrire et chercher des idées quand on peut cachetonner en réchauffant une vieille recette ?
    Il n’y a donc aucune différence dans le scénario et la narration entre les deux versions. L’environnement, le casting et le public changent, mais c’est tout. Il ne faut donc pas présumer que la version US est meilleure. La présence de Naomi Watts serait la seule motivation à le « revoir ».

    J’ajouterai que Funny games (ou la version U.S.) est tout sauf un film pour ados. Faut vraiment être adulte pour ressentir la cruauté et l’horreur de cette situation. Par l’approche ludique de la violence exercée par les jeunes tortionnaires, les ados pourraient se voir légitimer une certaine violence. Ce serait regrettable de voir des « Colombine » dans tous les coins de la France.

    Orange mécanique est autrement plus violent parce que le film a plus de 35 ans et que ce que filme Kubrick n’avait jamais été vu au cinéma. C’est vrai toutefois que ces deux films marquent les esprits par leur absence d’optimisme final.

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