Les fraises sauvages (Smultronstället)

Ingmar Bergman, 1957 (Suède)




Il est temps de mourir. Le vieil homme s’appuie contre un mur et l’ombre de l’énorme horloge sans aiguille le recouvre. Les battements de son cœur et les images répétées de la mort créent une tension. Ainsi la séquence du rêve qui introduit le film nous tient loin du plaisir que le titre laisse espérer. Les fraises sauvages sont celles que ramassaient Sara, la fiancée d’Isak, à genou dans un coin du jardin. Isak la revoit en songe ou en souvenir : elle est brusquée par son frère, ils s’embrassent. A nouveau assoupi, un autre cauchemar agresse le docteur Isak Borg. Une épreuve lui est soumise. Il échoue et diagnostique une personne morte qui ne l’est pas. C’est le deuxième revenant du métrage. Que risque le docteur Borg ? La solitude… Encore.

Lors d’un trajet qui l’emmène à Lund où il doit recevoir une distinction pour sa carrière, Isak Borg (Victor Sjöstrom) revient sur sa vie et en dresse un bilan. Toutes les images produites par son esprit sont démoralisantes et troublent le réel. Ingmar Bergman brouille les frontières entre les images mentales et ce qui est censé être la réalité. Il apporte une teinte fantastique à un récit qui n’a pourtant rien que de très banal (Borg vieillard, spectateur dans la maison de son enfance ; les fondus enchaînés qui, magnifiques et stratifiés, suggèrent la profondeur des souvenirs).

Le trajet et ses imprévus assurent à Isak autant de moments de félicité que de gêne. Sur une terrasse au soleil, la scène du repas partagé avec les trois jeunes gens pris en autostop, place d’abord le vieillard dans un certain confort. Puis le ton devient plus grave et les cadres se resserrent, finissant sur Isak en plan fixe face caméra. Le docteur voyage avec sa belle fille (Marianne jouée par Ingrid Thulin). La rencontre d’un couple qui se dispute continuellement ouvre sur d’autres soucis : ceux de Marianne, enceinte, qui s’est disputée avec son mari… Et toujours la mort inéluctable se rapproche : la cérémonie qui récompense le médecin ressemble à un cortège funèbre et fait écho au corbillard du premier cauchemar. Les situations les plus difficiles étant exposées, Isak peut quitter son égoïsme et ses principes (le remboursement d’un prêt fait à son fils par exemple). Il tente alors de dénouer ses relations familiales. Marianne incarnant peut-être une figure angélique l’a mené aux portes de la mort. Après un dernier baiser, Isak s’endort et retrouve les siens dans le jardin baigné de lumière.

Succédant au Septième sceau (1956), le métrage semble en porter toute la force symbolique. La finesse de la mise en scène valorise chaque séquence. Bergman place dans Les fraises sauvages les thèmes auxquels il est attaché : la solitude, une évocation de la religion (le jeune homme souhaitant devenir pasteur), la question du couple… Comme la série des fondus enchaînés permettent de pénétrer les souvenirs du vieillard, c’est en pensant au film et en y repensant qu’il en devient passionnant.

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