Deux jours à tuer

Jean Becker, 2008 (France)




Albert Dupontel va mourir mais le scénario dissimule son cancer. A choisir, son personnage préfère rompre avec ses proches de façon brutale et fiévreuse plutôt que leur annoncer la nouvelle. Par leur ahurissement, il croit donc éviter leur tristesse. Ce point de départ tordu a été imaginé par François D’Epenoux, auteur du récit original. Becker le reprend et tranche son film en deux : la première partie dans laquelle le personnage de Dupontel ne gagnerait que le mépris du spectateur, le basculement qui révèle sa maladie et la seconde partie dans laquelle le spectateur confondu et rassuré serait pris de pitié. Le réalisateur ne sait pas susciter l’émotion, il la commande.

Ignorant tout de ce qui se trame et faisant fausse route, on se dit d’abord que Benoît Jacquot a plus de finesse pour raconter l’histoire d’une personne qui plaque tout (pas de grand tremblement dans Villa Amalia et mise en scène valorisée). Attaché à la tradition, ce que ne démentent pas la pêche et la famille, Jean Becker n’évite pas non plus les clichés : ceux du discours mis dans la bouche de Dupontel, ceux de sa vie, le chien qui remue la queue… Mais ce qui horripile le plus, c’est la manipulation de Becker autour de la maladie et le retour salvateur de valeurs « propres ».

6 commentaires à propos de “Deux jours à tuer”

  1. Une belle avant-première pour moi ce soir et donc aussi pour les centaines de milliers (non non je ne suis pas Marseillais mais Toulousain) de lecteurs (/-ices) de ce blog, étant donné que le film ne sort en salles que le 30 Avril 2008 prochain.

    Depuis que j’ai ma fameuse carte pass Gaumont (aucune pub détournée pour cette enseigne je vous rassure !) et que, de ce fait, je vais plus souvent au cinéma, j’ai établi un classement « du cœur » de mes films préférés, mois après mois : pour février il s’agissait de Paris, que j’ai eu le plaisir de voir deux fois et pour mars Il y a longtemps que je t’aime (là aussi vu deux fois)… Deux films français, comme quoi ! Avril démarre à peine, mais si un film détrône de ce classement (du cœur je le rappelle) celui-ci, alors il s’agira vraiment d’un chef-d’œuvre ! Il me tarde juste une chose, ou plutôt deux : sa sortie en salles pour aller le revoir et vos réactions. D’ailleurs, j’insiste, mais celles et ceux qui vont voir un film présenté sur ce blog laissez des commentaires, même courts, c’est toujours bien de partager nos avis… divergents ou convergents ! Mais je m’égare…

    Revenons au film. Impossible d’en dire trop de peur de dévoiler l’essence même du film, alors en voici un aperçu volontairement sommaire : Antoine a tout ce qu’il faut pour être heureux, un très bon travail de publicitaire et donc forcément beaucoup d’argent, la voiture et la maison qui vont avec, une belle femme qui l’aime, deux enfants, un chien… Bref, vous voyez la suite: « et pourtant… ». Un scénario a priori très « classique », un sujet maintes fois abordé de l’homme à la vie en tous points conformes aux standarts de la société actuelle (et pourtant si creuse), qui pète subitement les plombs… Mais voilà : Deux jours à tuer est bien plus que ce sujet abondamment exploité, c’est ce qui le rend unique et c’est pour ça que je n’en dirai pas plus du récit.

    Je reviendrai juste sur la performance d’Albert Dupontel dont le personnage ne pète pas forcément les plombs (bon, si quand même !) mais éprouve subitement le désir impérieux d’être franc, honnête, entier et ne peut réprimer plus longtemps son envie de dire les choses telles qu’elles sont, brutes, en tout cas comme il les pensent, sans prendre de gants et celà même si ça fait mal à son entourage. Alors il commence à son travail avec un gros client (travaillant dans la pub, il doit trouver des slogans débiles pour vendre des yaourths par exemple…), devant ses collègues médusés et ébahis (qui n’a pas eu un jour l’envie de dire ses quatre vérités à tout le monde lorsque la coupe était trop pleine ? Qui d’ailleurs ne l’a pas déjà fait ?!), puis avec sa femme, ses enfants… Et surtout avec ses amis lors d’un dîner d’anniversaire (moment jubilatoire !) dont ils se souviendront longtemps !

    A des degrés plus ou moins importants nous sommes tous conditionnés, prisonniers d’une certaine éducation, de l’influence directe de nos parents ou des personnes qui nous ont élevés ou entourés depuis notre enfance, de la société, de ses codes et de ses lois, par la religion également, notre environnement social, culturel et même géographique… Tout un ensemble de facteurs qui limitent notre liberté et étouffent véritablement notre personnalité qui ne s’exprime donc qu’avec une infime partie de son potentiel. Envoyer voler tout ça du jour au lendemain est illusoire, voire dangereux, c’est pourtant ce que tente de faire ce fameux Antoine dans cette histoire. Et c’est ce qui nous donne aussi l’envie de changer (en mieux !) après avoir vu ce film.

    Deux jours à tuer est une petite merveille : on rit franchement, le film est parfois vraiment très drôle, on est aussi parfois touché, ému aux larmes… Bref, l’élément vital qu’est l’émotion est présent du début à la fin, ce qui est le point commun avec mes films favoris des mois précédents (voir plus haut), eux aussi français. C’est bien simple, lorsqu’on sort d’une salle véritablement ému et qu’on se sent bien plus « humain » et grandi qu’avant, c’est que c’était un bon film…

    Cerise (et non des moindres) sur le gâteau : la présence après le film pour cette avant-première du réalisateur, l’immense Jean Becker, à qui l’on doit des films tels que L’été meurtrier (1983), Effroyables Jardins (2003) ou encore Les enfants du marais (1999) et Elisa (1995). Il a réunit dans ce film, comme il nous le dira de vive voix, ses thèmes chers mais aussi son amour pour la nature, les paysages (une partie du film se passe en Irlande), la pêche, les animaux, le bon vin, les amis… Il y avait aussi dans la salle son fils, le producteur Louis Becker, et bien sûr les deux acteurs principaux, Albert Dupontel et son épouse dans le film Marie-Josée Croze (actrice canadienne qui s’est précédemment illustrée dans Le nouveau protocole -bof- sorti cette année, mais surtout dans Les invasions barbares de Denys Arcand, 2003, Munich de Steven Spielberg, 2006, et dans Le scaphandre et le papillon de Julian Schnabel, 2003). Une belle demi-heure de partage où la salle était encore pleine d’émotion.

    Après l’avoir revu, l’effet de surprise en moins, l’émotion demeure intacte, notamment lors du générique de fin avec la bouleversante chanson Le temps qui reste chantée avec les tripes par Serge Reggiani. Une chanson qui clôture de manière si juste et si forte un film m’a fait penser à celle de Barbara interprétée par Jean-Louis Aubert dans Il y a longtemps que je t’aime.

    Ce film nécessite vraiment une deuxième fois : des détails importants peuvent nous échapper et on voit les choses de manière différente lorsqu’on connaît à l’avance le dénouement. Donc rien de plus à ajouter, si ce n’est que, pour le moment, c’est mon film préféré de cette année… Allez-y !

  2. Pour faire court, je dirais simplement que je trouve ce film grotesque de bout en bout et surtout d’une incroyable lourdeur, tant dans sa mise en scène que dans ses dialogues… (ma modeste critique est à lire ici).

  3. C’est assez étrange comme film, j’ai ressenti beaucoup de choses trés fortes, et pourtant tout me déplaisait à l’origine. Que ce soit le scénario à l’apogée de la banalité, l’acteur (Dupontel) qui pour moi n’a rien d’un bon acteur par sa technicité, mais qui justement par son jeu atypique de l’acteur qui joue et surjoue, devient plus bancal que maladroit, me touche, m’inspire, ou encore la réalisation qui n’apporte rien de neuf (et ça devient lourd dans le cinéma français).

    Mais il y a eu un truc, ce même genre de truc qui se passe quand tu tombes amoureux d’une fille avec qui tout vous sépare, ce genre de petit fil de pêche mystique qui rassemble deux extrémités.

    Bref, il est objectivement inclassable, la science du cinéma lui adressera toutes les critiques possibles et inimaginables, il s’avère que ce film a la prétention d’être destiné à la vie isolée de chacun de nous. Un film qui éduque à la vie, et non une vie qui éduque au cinéma.

    Léger bémol pour ma part, la tournure que prend le scénario quand Dupontel quitte la France m’a plutôt déplu, alors que jusque-là tout était parfait. Mon imagination m’avait porté à l’anticipation d’un destin à un Into the wild européen, mais le fait qu’il rejoigne son père pour résoudre ces problèmes d’enfance, ça rajoute du pathos-psychanalytique et « pathétise » le film.

    Et quand tu dis « Envoyer voler tout ça du jour au lendemain est illusoire, voire dangereux, c’est pourtant ce que tente de faire ce fameux Antoine dans cette histoire. Et c’est ce qui nous donne aussi l’envie de changer (en mieux !) après avoir vu ce film. » C’est pourtant ce que le film -après cette tournure- décrédibilise. Cette envie de changer est rationalisée, il était simplement malade et a voulu éviter toute cette compassion/pitié de ces proches.

    Film à voir (seul).

  4. Mais il me semble que l’accueil critique était plus chaleureux avant les années 2000, Tendre voyou (1966), L’été meurtrier (1983), et même jusqu’aux Enfants du marais (1998).

    En revanche le public, lui, suit bel et bien.

  5. J’ai revu le film avec un certain bonheur. Dupontel est génial dans ce le rôle de l’homme qui ne s’est jamais rencontré. Le cancer, symbole de la mort le met face à sa réalité et à sa culture de l’image de la mort. Non préparé, il prend le prétexte de son cancer, pour découvrir une angoisse existentielle qui devait le tenir depuis longtemps. Ses victimes seront sa famille et ses amis. La « faute » vient des autres, jamais de soi. Trop facile….
    Parlez en aux Tibétains de ce film et ils souriront sûrement. La mort est un sujet de culture pour eux. Le Bardo Thodol, le livre des morts tibétains est là comme un témoignage.

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