Dangereusement vôtre

John Glen, 1985 (États-Unis)

Roger Moore, gentleman vieillissant, incarne pour la septième et dernière fois l’agent 007. L’aventure se passe pour une part en France (ambiance château, Champagne et courses hippiques) et pour une autre à San Francisco (action souterraine au cœur de la faille de San Andreas et aérienne à bord d’un aérostat au-dessus du Golden Gate Bridge). Le contexte international a changé et le ton de la série un peu aussi.

On se lasse rapidement des sempiternelles poursuites en ski et des prises de vue sous-marines (moins nombreuses que dans d’autres épisodes de la série il est vrai). La blonde et fade Stacey (Tanya Roberts oubliée) passe une scène sur deux dans le vide accrochée au bras de l’attachant espion britannique (« Vite Stacey, prenez ma main !! »). Certains dialogues laissent pantois (de James à Stacey : « J’imagine que vous donnez du Whiskas à manger à votre chat » ; James apercevant Grace Jones, alias l’athlétique May Day, avec un couvre-chef rouge : « Elle ressemble à une balise de détresse », mouais…). Même Q (Desmond Llewelyn, quasi irremplaçable) ne sort rien de son laboratoire qui nous espante, pas d’invention faramineuse, pas de stylo gadget ou de voiture ultra trafiquée pour nous laisser coi, exception faite d’une élégante paire de lunettes qui permet de voir… de bien voir… Le thème musical est signée Duran Duran mais, à part les amateurs du groupe, cela n’intéressera pas grand monde, rien à voir avec Shirley Bassey (Goldfinger en 1964 et Les diamants sont éternels en 1971) ou même Chris Cornell (Casino Royale, You Know My Name, en 2006) pour prendre deux époques et deux styles totalement différents. Le film est-il si mauvais ? Non, loin de là, d’autres choses nous intéressent…

En 1985, Gorbatchev arrive au pouvoir et l’URSS se rapproche un peu plus du modèle économique et politique occidental. Dans le petit monde des fins limiers au service secret de sa Majesté (ceux qui redoublent d’effort contre de toujours terribles sycophantes en quête d’un pouvoir mondialisé), les soviétiques sont presque devenus des camarades pour le bloc des démocraties libérales (loin du scénario de Rien que pour vos yeux qui en 1980, contexte proche d’un « America is back », faisait des soviétiques des ennemis jurés). Qui eut imaginé que le commandeur anglais serait distingué, au cours d’une aventure qui a pour contexte la Guerre Froide, par une médaille d’honneur à l’effigie de Lénine pour avoir sauver la Silicon Valley (indispensable aux Russes, selon le général Gogol, car c’est en espionnant le technopôle américain que les soviétiques parviennent à se maintenir dans la course technologique !) ? Les adversaires n’ont plus rien à voir non plus avec le très menaçant SPECTRE. Mais sous quel visage apparaît-il donc ? Celui d’un blond arien génétiquement sélectionné et complètement dégénéré, Max Zorin, campé par un Christopher Walken redoutablement bon dans ses rires sardoniques. Il est le produit d’un vieux savant nazi (le mot n’est pas prononcé mais son goût pour l’eugénisme, l’accent allemand et le monocle mettent sur la piste). Zorin est aussi un industriel de la puce électronique et, afin de profiter au mieux du capitalisme triomphant, n’a d’autre ambition que d’éliminer (radicalement) le monopole high-tech américain et de le supplanter… C’était sans compter sur Bond, James Bond. Après ce quatorzième épisode, exit Moore. Timothy Dalton s’essaye au rôle deux ans plus tard… et c’est pas gagné…





A propos de Bond dans les relations internationales, un intéressant article de Cinetudes en survole les principales caractéristiques et l’évolution des années 1960 au vingtième épisode. Son auteur finit par l’absence de référence, même implicite, encore en 2002, à la catastrophe du 11 septembre.

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