Slumdog millionaire [approche géographique]

L’INDE EN APPARENTE CONSIDÉRATION

(1)

« Vous vouliez voir ce qu’est vraiment l’Inde, vous êtes servis. »*
Les paysages qui apparaissent dans Slumdog millionaire donnent une idée contrastée de l’Inde urbanisée (rien sur les sites naturels et très peu d’espaces ruraux). D’un point de vue géographique, le film de Danny Boyle s’articule autour de trois temps forts.

Une première demi-heure a pour décor Dharavi, bidonville géant de plus d’un demi million d’habitants situé au cœur de Mumbai (photos 1, 2 et 3). Ville dans la ville, Dharavi entretient une relation toute particulière avec la mégapole. Enserrée dans le tissu urbain, cette dense imbrication de taudis est d’abord une solution pour toute une frange de la population démunie face à la forte pression immobilière. Paradoxalement, le quartier pauvre est aussi un centre économique important. Beaucoup vivent ou survivent des activités légales et informelles qui le constituent (sur l’écran, le spectateur entraperçoit l’échoppe d’un barbier et devine les étals des épiciers). La culture et l’éducation s’y font même une place (cinéma de fortune et « école » à classe unique). Dharavi reste cependant un bidonville, un espace pollué, dépourvu de tout aménagement sanitaire et irriguant Mumbai de sa criminalité**.

Durant cinq minutes, Boyle nous amène ensuite au Taj Mahal (4). Le contraste entre l’Inde pauvre et sale et l’Inde touristique est fort, l’étonnement du spectateur garanti. Ces facilités ne dérangent pas le réalisateur qui répète ailleurs les différences de ton : le môme couvert d’immondices devant la vedette bollywoodienne, ou le héros dans une villa de milliardaire (5).

Un troisième temps fort s’élève au-dessus des clichés sur les chantiers de constructions des hauts immeubles de Mumbai (6 et 7). Au sud et au nord de Dharavi, la mégapole dispose de plusieurs centres modernes où ces plans auraient pu être pris. Les anciennes zones industrielles de Worli et Parel, Colaba au bout de la péninsule, ou Bandra-Kurla se caractérisent aussi par des architectures de verres et de béton aux fonctions résidentielles, administratives ou financières. Grâce à ces images, l’Inde qui grandit et se modernise s’accorde davantage avec l’émission télévisée qui sert de point d’ancrage au récit.

« L’Inde est au centre du monde »*
La diversité des paysages exploités et ce qu’il est possible d’en dire laisseraient croire à une réelle attention portée à l’Inde. Pourtant il ne s’agit que de décors. Dans Slumdog millionaire, les relations du pays avec le monde relèvent toujours des mêmes domaines, touristique et colonial (la démarche même de Boyle). En outre, les photogrammes ne rendent pas compte du conditionnement opéré sur le film. Montage, cadres, rythmes, Boyle fabrique un clip insupportable, un produit formaté et prêt à l’export. Réduit à son irrésistible exotisme, l’Inde demeure donc en marge.

* Une des deux occurrences du mot « Inde » dans les dialogues du film.
** Comme pour la favela de Rocinha au Brésil, les agences de tourisme proposent des excursions dans les bidonvilles indiens (ainsi Reality Tours and Travel a pour slogan « See the “real” India » et, à Dharavi, ils promettent de découvrir « a wide range of these activities- from recycling, the making of clay pots, embroidery, bakery, soap factory, leather tanning, papad (poppadom) making and many others, most of which take place in very small spaces. We also pass by the residential areas, where you really get a feel of how the people are living and you see the sense of community and spirit that exists in the area. »)

Pour aller plus loin :
– Marie-Caroline Saglio, « Mumbai : mutations spatiales d’une métropole en expansion », dans Mappemonde, n° 62, 2001.
– Arundhati Roy, « Je n’aime pas Slumdog », article paru dans Dawn et traduit dans Courrier international le 5 mars 2009.
– Gérard Hernandez, « Slumdog millionaire », mars 2009, sur le site des Ailes du désir.

Une réponse à “Slumdog millionaire [approche géographique]”

  1. Je suis en 6° et j’ai vue ce film j’ai été très surprise car le film a été tourné sans trucage tout ça est vrai et ça me choque.

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