Steven Soderbergh, 2009 (Etats-Unis, Espagne)

Carnets de voyage de Walter Salles (2004) relatait déjà la découverte de l’Amérique latine par deux jeunes argentins : Alberto Granado et Ernesto Guevara. Un très bon film qui éclaire sur les années précédant l’ascension du Che. Mais il demeurait néanmoins une légère frustration de ne pas voir sur grand écran la période la plus marquante du légendaire révolutionnaire. C’est désormais chose faite avec le dyptique de Steven Soderbergh. D’ailleurs, pour en revenir à Carnets de voyage, c’est Benicio del Toro qui, déjà à l’époque, devait incarner le Che (et sous la direction de Robert Redford !). On le retrouve aujourd’hui dans la peau du révolutionnaire, plus vrai que nature, criant de vérité et ce n’est pas pour rien qu’il a reçu le prix de la meilleure interprétation masculine au dernier festival de Cannes (où le dyptique avait été présenté dans sa version intégrale de plus de quatre heures). Une récompense amplement méritée après le visionnage de cette première partie.
Che : l’Argentin commence à Cuba en 1952 pendant le putsch du général Fulgencio Batista et s’achève en 1959 lors de la victoire des résistants aux côtés du Che à Santa Clara. Ils prennent maintenant la direction de La Havane que l’on verra dans la deuxième partie. Le film commence doucement, sans esbrouffe ni effet spectaculaire. Il paraît même un peu long à démarrer, mais le récit veut ça et le film monte en puissance au fur et à mesure de la progression du Che et de ses troupes. Remarquablement filmé, il ne cède à aucun compromis cinématographique grand public : pas de musique grandiloquente ni de tape à l’œil inutile… Cette première partie est très rigoureuse (presque austère par moments) quant aux faits relatés, au contexte historique et politique de l’époque. On peut donc apprécier ce long métrage à plusieurs niveaux : en tant que spécialiste politique, les dates, les faits et même les mots employés lors de ces fameux discours à l’ONU sont rigoureusement exacts. Même si ça reste du cinéma, tout semble avoir été étudié de manière très précise, ce qui a pour effet de donner une profondeur et une authenticité vraiment bluffante. Et puis, même sans forcément connaître avec précision les événements, on peut apprécier ce Che comme un divertissement à la fois intelligent et instructif qui n’ennuie jamais.
Le Che, inutile d’y revenir, est incarné de manière époustouflante par un Benicio del Toro totalement investi, mais l’ensemble des acteurs est tout aussi crédible, à commencer par Demian Bichir qui joue un Fidel Castro de manière très… Fidèle justement ! J’ai particulièrement aimé la mise en opposition de passages aux couleurs assez crues et la reproduction d’images d’archives en noir et blanc, souvent tournées caméra au poing, comme des témoignages historiques. On croirait vraiment voir des extraits de journaux télévisés des années 1950, c’est à s’y méprendre ! Cette sobriété confère un réalisme et une ampleur historique vraiment unique. Idem pour les scènes de guérilla urbaines, là aussi époustouflantes de réalisme : on a beau savoir que c’est un film, on se retrouve plongé au cœur même des combats ! Et puis, quelques notes d’humour viennent tout de même ponctuer le récit et le sauver d’un côté vraiment trop austère et intello.
Vraiment très réussi et impeccablement maîtrisé, ce Che est à montrer dans les lycées (ceux qui arborent, sans vraiment le connaître, la tête du Che sur un tee-shirt comprendront peut-être un peu mieux son parcours) pour illustrer des cours d’histoire ou apprécier en tant que tel pour un grand moment de cinéma « à l’ancienne ». Cette première partie a d’ailleurs déjà la tessiture d’un grand classique, la même impression que donnait (certes dans un style différent) There will be blood (Paul Thomas Anderson, 2008) a sa sortie. Rendez-vous à la fin du mois pour la suite !
Ludo




Batman said
janvier 12 2009 @ 21:35
Un bon début d’année avec ce biopic qu’on attendait depuis longtemps, qui nous en apprend un peu plus sur LE « Che ». Benicio del Toro est toujours aussi incroyable, déjà qu’il m’a ému dans Things we lost in the fire (Nos souvenirs brûlés, Susanne Bier, 2008) avec Halle Berry. Mais en Che…
On arborera désormais son visage sur nos T-Shirts.