L’autre

Robert Mulligan, 1972 (États-Unis)

L’acteur de série B et écrivain Tom Tryon signe l’adaptation de son roman, The other, publié en 1971. Robert Mulligan porte l’histoire d’épouvante à l’écran l’année suivante. Chris et Martin Udvarnoky incarnent les jumeaux blondinets Niles et Holland Perry. Mulligan peine à ménager le suspense qui les concerne (champs-contrechamps, les cadres toujours les distinguent) et la mort de Holland ainsi que sa survivance dans l’esprit de Niles sont vite devinés. Le secret est révélé vers la moitié de la pellicule et suit donc un semblant d’action dans un dénouement long pour ce qu’il a à présenter. La mise en scène est parfois forcée : recadrages insistants, maladresses dans le découpage de scènes clefs, répétitions des symboles (le faucon pèlerin qui sert d’insigne à la famille plusieurs fois aperçu sur la bague et la girouette qui tourne et tourne encore).

L’autre garde cependant quelque efficacité dans les éléments fantastiques qu’il dissémine et qui alimentent son suspense : le doigt coupé, la foire aux monstres, la série de « malheureux accidents », le jeu étrange de la grand-mère russe, Ada (Uta Hagen)… Corbeau, feu sacrificiel (Ada brûlant la grange, elle avec) et orage purificateur : le genre et ses métaphores sont maîtrisés et, de Browning à Lynch, les références abondent. De plus, le climat créé (l’après crise de 1929, durant un été, dans une ferme du Connecticut) et le récit (entre comte pour enfant et terreur) rapprochent le film de La nuit du chasseur (Laughton, 1955), tout aussi noir mais plus fascinant. Retenons également ce que Joachim Lepastier notait en 2007 dans Kinok, des « choix d’espace et de temps [qui assurent la] célébration sereine d’une harmonie d’autant plus fragile qu’elle est constamment contaminée par l’étrangeté ».

Est-ce une trame aujourd’hui éculée qui gêne l’appréciation de l’œuvre ? Allons-nous reprocher la trop grande sobriété d’effets et de moyens, si peu fréquente dans le cinéma fantastique actuel ? Certes non. En dépit de ses facilités, Le sixième sens de Shyamalan (2000), pour prendre la dernière réalisation marquante sur le thème de la surprenante révélation quant à l’esprit du mort que l’on a cru bel et bien vivant, et conservant malgré tout de la retenue dans son fantastique, nous avait pourtant captivés. Alors quoi ? Plus de surprise ni de suspense passé le premier quart d’heure, la construction se révèle et déçoit, les arguments du réalisateur s’épuisent et le film lentement s’allonge…

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