Ardor

Pablo Fendrik, 2014 (Argentine, Brésil, France)

Manichéiste et vengeur. Il est cependant des sujets qui s’accommodent très bien de cette simplicité, et même d’une certaine radicalité. D’autant que, pour mettre en scène son histoire, Pablo Fendrik emprunte au western, au survival, au film de revanche, bref aux films de genre, pour traiter d’une question très contemporaine.

Quelque part dans le nord-est argentin, près du fleuve Paraná, un petit producteur de tabac et sa fille (Chico Diaz et Alice Braga) sont menacés par des mercenaires qui entendent acquérir leurs terres par n’importe quel moyen. Partout autour, ils brûlent la forêt et la cèdent à des exploitants qui y pratiquent une culture de pins et de palmes (l’implantation d’usines de transformation est aussi évoquée). Sorti de l’eau et mystérieux comme l’esprit de la selva, Kai (Gael García Bernal) tente dans un premier temps d’aider ces paysans vulnérables puis dans un second fait vengeance, éliminant un à un les bandits, jusqu’au duel final contre leur chef Tarquinho (Claudio Tolcachir). Fendrik évoque donc la question de la terre et l’impunité des grileiros, qui s’entourent d’hommes de main (au Brésil -puisque la forêt, la région frontalière et le problème sont les mêmes-, on les appelle « jagunços ») et s’approprient les terres en produisant des faux titres de propriété (source : Geoconfluences).

El ardor prend son temps, n’est pas très bavard et les pieds nus dans la jungle se fait presque par moment contemplatif de la nature qui nous submerge. Cela pour mieux trancher avec les scènes d’action. Kai en une sorte de The crow mésopotamien, le jaguar remplaçant le corbeau, se fond dans la forêt qui devient pour lui un lieu de survie, de vengeance, voire à travers elle de renaissance. Au final, soyons satisfaits qu’un tel sujet, la dépossession des petits fermiers sud-américains (réalité et genre correspondent ici parfaitement dans la violence), investisse le film de genre, regrettons aussi qu’il ne soit pas parvenu (malgré sa présentation à Cannes en séance spéciale) à coloniser les salles et ne se soit donc contenté que d’une sortie dvd.






Dvd édité par Bac Films, sortie dvd, Blu-Ray & VOD le 16 Juin 2015. Voir sur les pages Bac boutique et Facebook de l’éditeur.
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2 commentaires à propos de “Ardor”

  1. Le vent de cet Ardor sur fond de luttes paysannes dans la pampa argentine n’avait pas soufflé jusqu’à mes oreilles. Un Bernal incarnant les 7 mercenaires/samouraïs à lui tout seul, ça m’a tout l’air d’être savoureux !

  2. Rime « générique » (au sens de typologie des films et de nature des médicaments) au « sérieux » Même la pluie de Icíar Bollaín, sorte de Nuit américaine (du Sud) marxiste signé Paul Laverty, ici affranchi de Ken Loach, déjà porté par le sieur Gael García Bernal et multi-récompensé en Espagne…

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