Alejandro Amenábar, 2010 (Etats-Unis, Espagne)

Le réalisateur de Mar adentro (2005) et Les autres (2001) revient avec un péplum à la fois politique, théologique et métaphysique : Agora. L’action se déroule au IVe siècle après Jésus-Christ, à Alexandrie. Les tensions entre païens et chrétiens sont de plus en plus grandes et ces derniers sont sur le point de se révolter et prendre le contrôle de la ville… A n’importe quel prix. Dans cette ambiance de chaos ambiant, la mathématicienne et philosophe Hypatie (davantage présentée ici comme une astronome) se réfugie dans la grande bibliothèque et tente de sauver un maximum de précieux manuscrits. Insoumise, elle fera face un temps aux pressions qui l’assaillent de toutes parts et continuera sa quête pour savoir si du soleil ou de la Terre, est au centre de l’univers, si cette dernière est ronde ou plate et d’autres questions fondamentales sur sa rotation.

Même si Agora contient des scènes spectaculaires (le réalisateur use et abuse de l’infographie pour montrer un zoom sur Alexandrie depuis l’espace), ce péplum-là ne vise pas les mêmes buts que les Gladiator (Ridley Scott, 2000) ou autres Alexandre (Oliver Stone, 2005). Le propos est ici plus intellectuel, une réflexion sur la liberté de penser, la tolérance… Et dans ce cas-là, l’intolérance. Le tout emballé dans quelques scènes de combat et une histoire d’amour : l’exercice est périlleux mais pas franchement raté non plus (ce qui signifie qu’il n’est pas tout à fait réussi, c’est vrai !). Agora est plaisant à voir, mais un brin trop académique, Amenábar jonglant avec plus ou moins de réussite avec action et réflexion. Pour le bien du récit (enfin j’imagine), il s’octroie également quelques libertés avec la vérité historique : ainsi Hypatie (brillamment interprétée par Rachel Weisz) meurt âgée de quarante ans ou environ dans le film au lieu de soixante-cinq ans et le philosophe Synesius (Rupert Evans) lui survie alors qu’en réalité il meurt deux ans avant elle. On aura compris que le dessein du cinéaste n’est pas une reconstitution fidèle des faits historiques mais de proposer un point de vue sur la liberté de pensée en ces temps où les découvertes astronomiques étaient cruciales et rejoignaient étroitement les questions sur la fragilité de l’existence humaine. En somme, la place de la Terre dans l’univers et de celle de l’Homme sur Terre. Intéressant certes, mais la façon d’exposer le débat, les idées et les faits sont loin d’être passionnants. Avec un tel sujet, et même si Agora est loin d’être un film raté, il est certain qu’ Amenábar aurait pu bien mieux faire : au final, on se retrouve un peu face à un simple épisode de Rome (Milius, MacDonald et Heller, 2005-2007) et j’exagère à peine.

Ludovic

4 commentaires so far »

  1.  

    Gaudefroy Olivier said

    février 5 2010 @ 23:29

    « ainsi Hypatie (brillamment interprétée par Rachel Weisz) meurt âgée de quarante ans »

    L’âge de la mort d’Hypatie est sujet à discussion. On ne connaît pas précisément l’année de sa naissance, aussi plusieurs dates sont avancées : 355 et 370 sont les plus fréquemment mentionnées.

    Il n’y a donc pas ici une véritable erreur historique à la faire mourir à la quarantaine mais un choix du réalisateur entre deux possibilités.

  2.  

    Benjamin said

    février 6 2010 @ 10:09

    Je parcours ton site, Olivier, et découvre que tu as toi-même écrit sur Hypatie d’Alexandrie. Tu as dû être curieux de découvrir le film d’Amenábar !

  3.  

    Gaudefroy Olivier said

    février 6 2010 @ 23:28

    « Tu as dû être curieux de découvrir le film d’Amenábar ! »

    C’est assez plaisant de voir cette philosophe qui m’a occupé durant ces 5 dernières années, être matérialisée à l’écran et, qui plus est, incarnée par Rachel Weisz qui habite littéralement son personnage. Elle est vraiment très impressionnante dans ce film…

  4.  

    Ultimatom said

    février 10 2010 @ 14:59

    Je suis actuellement en plein visionnage de la série Rome, donc ton parallèle m’interpelle. Je vois néanmoins ce que tu veux dire, le film d’Amenabar manque peut-être d’un peu de souffle, mais je trouve qu’il fonctionne très bien car il touche juste. Le film aurait pu être raté, mais son rythme ne faiblit jamais, son sens de l’ellipse fonctionne, et son propos est servi par une interprétation impeccable.
    Un tel éclairage sur cette époque est plutôt rare, je ne boude pas mon plaisir, et j’espère que les bonus du dvd seront à la hauteur.

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