2012

Roland Emmerich, 2009 (États-Unis)

2012 n’est pas présenté comme un énième film catastrophe comme il en sort désormais au minimum un par an, mais comme le film catastrophe ultime. Pour cela, Roland Emmerich, spécialiste en la matière (Independance day en 1996 ou Le jour d’après en 2004*), a misé sur des moyens démentiels, des images « jamais vues auparavant », bref, un film « bigger than life » ou « too much is not enough » comme disent les ricains, totalement décomplexé et assumant pleinement le statut d’énorme blockbuster.

Moins de deux mois avant la fin de l’année et déjà je prépare fébrilement, mais non sans enthousiasme, mon « florilège 2009 » pour la chère Kino… Je commençais à stresser, car à l’approche de 2010, il me manquait LE film qui allait faire toute la différence avec les autres. Ouf de soulagement ! Ça y est, je le tiens enfin : 2012 est définitivement mon film-poubelle pour l’année ! Après avoir slalomé entre les longs métrages de plus ou moins bonne qualité, après avoir soigneusement évité des œuvres telles que Rose et noir de G. Jugnot, Clones de J. Mostow, Le petit Nicolas de L. Tirard, Jennifer’s body de K. Kusama, j’en passe et des meilleures (ou plutôt, dans ce cas, « et des pires »), j’ai foncé droit dans le mur et tête baissée dans 2012, fier successeur au palmarès du nanar annuel à 10 000 de… Roland Emmerich déjà !! Décidément, ce gars-là est en train de devenir un de mes réalisateurs de référence ! 10000, 2012 : il aime bien les chiffres, et sûrement ceux du box office par dessus tout… Mais il faut dire que là, il a fait fort : grands et bons sentiments qui dégoulinent sur des violons larmoyants, 2012 en met une énorme couche sur le patriotisme exacerbé, les valeurs de la famille (comme d’habitude, le papa un peu loser, divorcé, qui garde ses enfants et qui, l’espace d’un week-end catastrophe, regagne leur confiance par une série d’actes héroïques), mais aussi et surtout la démagogie pure et simple (ah les scènes avec le président noir des États-Unis…), sans évoquer ce voyeurisme honteux jouant sur les peurs de fin du monde et sur les catastrophes planétaires (même s’il s’agit de phénomènes naturels, certaines scènes ne sont pas sans rappeler le traumatisme post-11 septembre…).

Tous les clichés y sont, Emmerich n’en a oublié aucun. Et sûrement en connaissance de cause. Car je me demande à quel point il est conscient que ce genre de film est à la limite de la parodie : trop flagrant pour pouvoir prendre l’ensemble au sérieux, mais pas assez évident pour le prendre comme une grosse farce. Non, autant je m’étais bien marré face à 10 000 et le statut de « super nanar » immédiatement atteint, autant ici je suis resté affligé par tant d’aberration et de stupidité. Que certaines situations soient improbables comme la fuite en voiture ou en avion pour donner un prétexte à des scènes époustouflantes passe encore (on est là pour ça), mais l’accumulation de dialogues bêtifiants est proprement insupportable. C’est prendre le spectateur pour un simple bouffeur de pop-corn écervelé… Le flatter dans ce qu’il a de pire. Est-il impossible de raconter une histoire de catastrophe sans faire appel à tous les poncifs du genre ? Est-il vain de pouvoir relater des événements aussi dramatiques sur un ton sérieux et de façon rigoureuse ? Ou bien ce genre de film doit simplement rester du pur divertissement -prière de débrancher le cerveau avant de rentrer en salle- ? Emmerich a choisi cette voie. Espérons que d’autres essayent d’aborder le sujet d’un nouveau point de vue. Ainsi, allier le film d’auteur (Les derniers jours du monde des frères Larrieu, 2009, par exemple, même avec ses défauts) à des moyens aussi conséquents que ceux utilisés ici.

Je m’attendais un peu à tout ça, au politiquement correct et au discours « très grand public », mais pas à ce point. Moi qui y allait pour en prendre plein la vue avec des images hyper spectaculaires à voir sur grand écran (les effets spéciaux sont très réussis, une prouesse technique incontestable), je ne me doutais pas que la niaiserie, la très haute stupidité des dialogues et de certaines situations allaient complètement occulter le plaisir simple que j’allais chercher.

Avec tout ça, j’en ai même oublié le sujet ! Mais-est ce bien utile ? Comme dans Predictions (Alex Proyas, 2009) ou Sunshine (Danny Boyle, 2007) le soleil est à l’origine des dernières heures de l’humanité. Mais les éruptions solaires agissent ici sur la dérive des continents (dont certains se déplacent de plusieurs milliers de kilomètres en quelques heures, si si !!). Ensuite, c’est donc la fin du monde, l’apocalypse, la fin des temps, etc. « Les mayas l’avaient prédis » ! Un ensemble navrant ? Affligeant ? Lamentable ? Un peu tout ça à la fois**.

* Les deux affiches apparaissent d’ailleurs dans ce film, quand l’allocution du président des États-Unis est retransmise sur les écrans géants de Times Square à New York.
** En me penchant sur l’illustre (sic) filmographie d’Emmerich, je m’aperçois qu’en 1984 il réalisait déjà un film appelé Le principe de l’arche de Noé, un thème décidément récurrent. C’est aussi à lui que l’on doit « le très détestable » The patriot en 2000 (lire Le dernier samouraï) ! Trois autres films récents ou à venir portent également le titre 2012, à savoir 2012 : Doomsday (Nick Everhart, 2008), 2012 : Supernova (produit en 2009 mais qui n’est pas sorti en France) et enfin 2012 : The war for souls de Michael Bay (en projet).

6 commentaires à propos de “2012”

  1. À prendre au second degré puisque c’est là que passe la subliminale leçon de géopolitique de Roland Emmerich : les gouvernements du G8 (les autres peuvent crever, ils ont l’habitude) se réunissent en 2010 (sous les huées des altermondialistes) et préparent en catimini un plan secret que l’on découvre peu à peu tout au long du film. Il s’agit tout simplement de construire des arches de Noé (façon Enterprise Star Trek) dans une haute vallée du Tibet (qui sera inondée en dernier).
    D’ailleurs qui d’autre que l’efficacité chinoise (je cite) pouvait venir à bout de ce projet dans des délais aussi serrés ?
    Comme y’en n’aura pas pour tout le monde, on vend les places à 1 millions d’euros (le dollar n’a plus la côte) aux milliardaires et autres mafieux russes.
    Pour que le plan reste secret, il faut libérer les lieux et déplacer les indigènes et comment fait-on en Chine pour déplacer en masse les populations ? On leur annonce qu’on va construire un barrage !!! Le film est bourré d’allusions de ce genre, absolument iconoclastes, hilarantes et politiquement incorrectes !
    Le président US est un vieux black qui pourrait être le père de Michelle Obama, les moines tibétains prennent le thé sur leurs montagnes en attendant zen la montée des eaux, le conservateur du Louvre (faut bien sauver La Joconde) s’explose en voiture dans le tunnel de Lady Di, …

  2. Je pense que lorsqu’on va voir un film de Roland Emmerich, c’est uniquement pour s’en prendre plein la vue. Mais ce que je lui reproche le plus, c’est de  » pomper  » des séquences et des idées aux autres.

    Ainsi, dans Independance day, on retrouve les mêmes scènes que dans La guerre des mondes de Byron Haskin en 1954. Dans The patriot, il reprend à sa manière le destin d’un véritable officier américain mais en changeant légèrement le nom pour ne pas (pense-t-il) heurter les historiens. Enfin, dans le film qui nous intéresse, la famille décomposée ressemble étrangement à celle présentée par Steven Spielberg dans le remake de La guerre des mondes (décidément !). Le réalisateur allant même jusqu’à montrer ses personnages avec les mêmes accessoires (comme le kit main libre du beau-père des enfants).

  3. Je pense qu’entre Stargate (1994), 10 000 et 2012 Emmerich nous distille quasiment l’ensemble des éléments sur lequel est construite la grande théorie du complot : outre les pyramides tronquées bordant les chemins serpentant dans les vallées dans 10 000 et Stargate, avec 2012 il nous offre un détail croustillant, ceux qui savent des choses et risquent de les divulguer meurent sous le pont de l’Alma. A chacun sa vision des choses…

  4. Je partage les opinions de BMR et d’Etienne. J’ai pris plaisir au divertissement (même sur un tout petit écran de télé vu que c’était à 10km au-dessus du sol !).

    Question patriotisme américain, Emmerich a fait bien pire. Pour une fois, et même si le point de vue reste américain (le père de famille, le président, le scientifique), le scénario s’ouvre davantage sur le reste du monde (les images montrées de l’étranger dépassent celles des célèbres monuments balayés par une catastrophe, comme c’était le cas dans Independance day). Je trouve surtout le dernier plan très fort et totalement inattendu de la part du réalisateur : le continent africain émergeant comme nouvelle terre promise.

    Par ailleurs, le schéma de la famille éclatée et recomposée à la fin de l’aventure est aujourd’hui usé (Ludo a raison de le souligner). Je pose alors une question : à quand, dans pareil film catastrophe ou d’action, une héroïne rachetant par ses actes ses « écarts de conduite » (adultère, irresponsabilité etc.) et capable de renouer avec un ancien conjoint ?

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